Publié le: ven, Août 28th, 2020

Rock en Seine : voir ou revoir le Festival des festivals qui a célébré la “reprise du live en France” le temps d’une soirée

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Etrange Rock en Seine que cette édition 2020 transformé en Festivals des festivals le temps d’une soirée, diffusée en direct sur France 2 et France Inter jeudi 27 août. Mille cinq cent personnes, qui ont eu le privilège d’obtenir des invitations gratuites (disponibles sur le site de Rock en Seine), se sont réunies au Domaine national de Saint-Cloud.

Sur deux scènes installées côte à côte, au lieu des cinq que compte habituellement le parc lors du festival, une série d’artistes francophones se sont succédés pour fêter “le retour du live en France”, se sont enthousiasmés Nagui et Leila Kaddour, qui présentaient l’émission, à revoir en replay sur france.tv/Culturebox.

Strict respect des gestes barrières

Un début de reprise bienvenu pour les chanceux présents physiquement à l’évènement. C’était le premier concert depuis le déconfinement pour Annabelle et Jenny, deux jeunes femmes parisiennes. “Plus que la programmation, c’est l’idée d’une sortie qui m’a attirée, la perspective de revoir un peu de monde réuni”, confie Jenny, masque sur le nez. Venue avec quelques amis, le groupe patiente en file indienne en attendant d’accéder à la scène. Devant elle, à la place de la fosse où se pressaient habituellement les festivaliers au temps où les gestes barrières servaient uniquement à éviter de se prendre une trainée de bière sur le t-shirt, plusieurs rangées de chaises noires ont été installées.

“Je peux en avoir un bleu ?”. Un spectateur précautionneux demande un masque à l’une des placeuses qui circulent entre les rangées de chaises, des liasses de masques colorés à la main prêts à l’emploi. Elles veillent à ce qu’au moins un siège d’écart soit respecté entre chaque groupe. Le retour du live oui, mais dans le respect des règles sanitaires. Une nécessité rappelée par Roselyne Bachelot, interviewée au début de l’émission par Nagui et Leila Kaddour. “Si nous voulons que les personnes viennent dans les salles de spectacle il faut qu’elles aient le sentiment d’être en sécurité”, a déclaré la ministre de la Culture qui avait fait le déplacement. “Je fais partie des doyennes, j’adore Alain Souchon” a-t-elle confié avant le début de l’émission.

Camélia Jordana interprète \"Facile\" sur la scène du Festival des festivals le 27 août 2020. 
Camélia Jordana interprète “Facile” sur la scène du Festival des festivals le 27 août 2020.  (TIZIANO DA SILVA, VEEREN RAMSAMY/BESTIMAGE)

Soutenir le spectacle vivant

“On vient aussi pour soutenir les artistes, qui n’ont pas pu jouer depuis longtemps, c’est important de montrer qu’on supporte le secteur”, affirme Anne, venue en famille. Sa fille Nina, huit ans, accompagne ses parents à Rock en Seine “depuis qu’elle a l’âge d’y entrer”. Alors même si cette année est particulière, “à cause du virus”, comme le résume la petite fille, elle n’a pas voulu manquer la soirée.

Le show s’est ouvert avec un hommage. Sandra Nkaké, Angélique Kidjo, Oxmo Puccino, Yseult, Yael Naim et Catherine Ringer ont livré une version inédite du hit afro Soul Makossa en hommage au jazzman Manu Dibango, décédé en mars dernier. Un autre hommage a clôt la soirée, une version vibrante de We Shall Overcome, hymne du Mouvement pour les droits civiques, interprétée par Sandra Nkaké, Camélia Jordana, L, Jeanne Added et Pomme en souvenir de la mort de George Floyd, un instant émouvant.

Entre les deux : Alain Souchon, Benjamin Biolay, Hatik, Sébastien Tellier… Une vingtaine d’artistes ont tour à tour chanté un ou plusieurs titres devant un public enjoué. Des morceaux très énergiques, comme un Pata pata endiablié interprété par Angélique Kidjo et Yaël Naim, ont alterné avec des morceaux plus posés comme Facile, le dernier single de Camélia Jordana, chanté uniquement accompagné d’une guitare accoustique, ou Corpsd’Yseult. Divine, la jeune chanteuse a mis toute l’assistance d’accord à la fin de l’émission, recueillant les applaudissements du public avant même la fin de son interprétation.

“Je ne vais pas à un concert pour m’asseoir sur une chaise”

Les moments les plus intenses étaient sans doute les duos. Jeanne Added et Izïa ont ainsi électrisé la scène et l’assistance avec une interprétation rock et complice de Glory Box. “Je ne vais pas à un concert pour m’asseoir sur une chaise !”, lance une spectatrice dans l’assistance, qui finira debout sur son siège à la fin du show, terminé par un concert de Philippe Katerine en grande forme. Il avait déjà fait se soulever le public sur Louxor en début de soirée, avant de revenir interpréter une dizaine de titres pour le plus grand bonheur de l’assistance.

Un peu plus tôt dans la soirée, son univers barré avait déjà déclenché une certaine hilarité dans l’assistance. Alors qu’Oxmo Puccino impressionnait, une fois de plus, par sa classe et sa sobriété sur le titre, très à propos, Le droit de chanter, un élément de décor du concert de Philippe Katerine était en train d’être installé sur la scène adjacente : deux grosses narines rosées d’où dépassaient de subtils poils de nez.

Profiter de “l’ambiance d’un festival en plein-air”

Dans l’ensemble, l’ambiance générale était bien celle d’une émission de télévision (prestations chronométrées, chauffeur de salle pour demander au public des applaudissements à certains moments…). Toutefois, une fois éloigné un peu du devant de la scène, on pouvait commencer à se rappeler de la couleur d’un festival en plein-air, avec de petits groupes de fumeurs assis dans l’herbe, des verres de bière en plastique transparent empilés sur des tables de camping et des stands éphémères de restauration de part et d’autres du site.

Des participants en marge de la scène du Festival des festivals dans le Domaine national de Saint-Cloud le 27 août 2020. 
Des participants en marge de la scène du Festival des festivals dans le Domaine national de Saint-Cloud le 27 août 2020.  (LS/FRANCEINFO CULTURE)

Un ciel menaçant a surplombé toute la soirée le domaine de Saint-Cloud. Quelques averses sont survenues, faisant surgir soudainement des armadas de parapluies, de vestes ou d’autres objets (tote bag, journal…) sur les têtes des spectateurs. Pas au point de déranger Juliette, 28 ans, et son groupe d’amis, resté un peu en retrait de la scène. “Moi je suis surtout là pour profiter de l’ambiance de festival, de plein-air. Si cela avait été dans une salle fermée, je ne serais pas venue, je ne me serais pas sentie en sécurité”, avoue-t-elle. On l’a compris, il va falloir attendre encore un peu avant de pouvoir pogoter dans la fosse.

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