Publié le: ven, Fév 28th, 2020

« Laser sur le décès du collègue Mame Diène NDONG » par Serigne Mbaye, professeur de philosophie

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Professeur émérite d’histoire et de géographie au lycée Ababacar Sy de Tivaouane, le soldat du savoir Mame Diène NDONG enseignant de son État depuis 2002 a parcouru 199 kilomètres pour venir dispenser son savoir aux élèves du CEM de Pambal d’où il a débuté sa carrière comme vacataire. Après quelques années da calvaires et de galères, il rallie le CEM Abib Sy de Tivaouane comme PCEM. Ambitieux et déterminé il poursuit ses études universitaires jusqu’à obtenir un diplôme qui lui a permis d’être mis en position de stage à la FASTEF d’où il sort comme PEM en 2009 ce qui lui a valu son affectation au Lycée Ababacar Sy de Tivaouane où il a été en service jusqu’à ce que la mort nous l’arrache le soir du lundi 24 février 2020. Il laissa derrière lui 2 bouts de bois de Dieu et une femme qui ne verront plus l’homme qui a voulu se battre pour leur apporter, amour, protection et prise en charge de leurs besoins pour leur épanouissement. Sur Mame Diène NDONG, tant de choses peuvent être dites : ouvert, serein, travailleur, discret, responsable, pieux, correct, cultivé, etc. bref il était humain au sens propre du terme. Mame Diène, affectueusement appelé M. NDONG par ses élèves et ses collègues était un homme exceptionnel, un homme d’une haute facture intellectuelle ayant bien joué son rôle et accompli la mission qui lui a été dévolue. Nonobstant sa maladie, il a corrigé ses copies et a rendu ses notes. Qui l’a vu le vendredi, dernier jour où il était venu faire cours au lycée, savait qu’il n’était plus ce qu’il était. C’est seuls son courage, son sens de responsabilité professionnelle, son amour de l’école qui l’avaient poussé à venir. Il a tout donné à l’école, il s’est donné corps et âme. Quand je me souviens de notre dernier entretien au cours duquel il m’a dit :« Quand je recevrai mon rappel de reclassement que je suis en train d’attendre depuis 2009, je te donnerai de l’argent pour que tu me trouves un véhicule en bon état» et aujourd’hui, il ne verra pas cet argent à cause des lenteurs administratives. A propos de sa carrière je m’en arrête là. Dans le cadre de la lutte syndicale, il n’était jamais en reste, il respectait scrupuleusement les plans d’action et les mots d’ordre de grève. Quand il y’avait débrayage je le voyais sortir des classes pile à l’heure avec un joli brayer et marcher dignement avec toute l’élégance pour regagner la salle des professeurs. Certes, j’ai eu mal quand je vois qu’il ne réalisera pas ces projets à cause d’autorités qui se donnent du plaisir à plomber la carrière des enseignants, qui, aujourd’hui deviennent de plus en plus démotivés, démoralisés, stressés, diabolisés et stigmatisés. Mais quand je pense au sort qui lui a été réservé après sa mort, je suis écœuré et j”ai plus que mal. Aucun mot ne saurait traduire fidèlement mes maux, mon amertume, mon aversion à l’égard de nos autorités administratives et académiques. Je pense sincèrement que Mame Diène NDONG méritait une levée de corps et un cortège funèbre beaucoup plus solennels en raison du grand service qu’il a rendu à son pays. Quand l’IEF de Malem-Hodar mobilise un véhicule de l’administration avec au bord, une délégation de 4 inspecteurs pour faire partie du cortège funèbre et présenter leurs condoléances au frère du défunt en service à Malem-Hodar ; L’IA de Thiès et l’IEF de Tivaouane ne devaient pas manquer au rang du cortège funèbre qui accompagnait le défunt. À mon humble avis, je pense qu’une des autorités préfectorales devait au moins assister à la levée du corps car c’est un agent de l’État, tombé au champ, craie en main. Toute la communauté éducative de la ville de Tivaouane devait sentir la perte d’un de ses vaillants agents. Quelle a été l’attitude de nos autorités quand la tragique nouvelle est tombée ? En effet, il a fallu plusieurs vains appels de collègues et le coup de fil de l’IEF de Malem-Hodar pour que l’IEF de Tivaouane fasse un déplacement pour venir retrouver le corps du défunt à l’hôpital Mame Dabakh de Tivaouane d’où M. NDONG a rendu l’âme. A son arrivée, il retrouve quelques membres de la famille du défunt, voisins et collègues qui ont pris d’assaut l’hôpital dès que la nouvelle surprenante est tombée. Ils étaient tous cloutés à l’hôpital pour essayer de faire les démarches nécessaires qui devaient leur permettre d’acheminer le corps à Sokone. Mais malgré les efforts fournis par l’assistance, par l’IEF qui a donné un ticket de 50 litres de carburant à l’ambulance qui devait transporter le corps de Tivaouane à Sokone, je n’ai pas vu d’autres efforts consentis par les autorités aussi bien administratives qu’académiques. Je rappelle que le litre de gasoil est à 655 F. Même si le ticket de 50 litres de carburant a été donné, le corps sans vie de Mame Diène NDONG est resté dans la morgue de l’hôpital faute d’un ambulancier pouvant conduire le véhicule. Le corps est resté dans la morgue de l’hôpital jusqu’au lendemain où un minicar loué à la gare routière l’a finalement transporté de Tivaouane à Sokone. Je ne dirai pas qu’il y a une négligence de certaines de ces autorités qui ont pu se déplacer je ne sais pour quelle raison après avoir reçu plusieurs coups de fils, mais on devait sentir beaucoup plus leur présence à la levée du corps ou à l’enterrement ; ce qui n’a pas été le cas. Quand un soldat meurt, il a droit à tous les honneurs de la nation. Quand un politicien meurt, il a droit à une levée de corps exceptionnelle et un cortège funèbre d’une centaine de voitures avec un corbillard. Mais quand un enseignant meurt, il n’a droit à rien. On lui trouve un remplaçant, on lui accorde quelque heure de prières et puis c’est tout ! Qui plus est, l’enseignant en vie est privé de ses rappels parce que sa carrière est plombée et il quand il trépasse, il ne goûtera pas aux délices de ses rappels tant attendus et la plupart de ses rêves seront brisés. Je pense que ces soldats infatigables du savoir méritent un peu plus de respect et de considération ! Après le Pape Biram DIOP, le décès de Mame Diène NDONG doit amener toute la communauté éducative, des enseignants en particulier, à faire une réflexion sur le sort qui leur est réservé. Beaucoup de Mame Diène NDONG sont partis dans les mêmes conditions ou pires. Et combien il y’en aura après eux si on ne fait pas face à ces autorités qui plombent nos carrières et brisent nos rêves ! Je suis enseignant et je suis Mame Diène NDONG, je suis Pape Biram DIOP, je suis…… car ils sont nombreux à nous quitter dans les mêmes circonstances. Donc je me bats comme il l’ont toujours fait ! Reposez en paix chers collègues très nombreux à souffrir le martyr ! Nous qui sommes vivants, nous vous devons beaucoup avant de vous retrouver car chacun d’entre nous, aura son tour tôt ou tard !

Serigne Mbaye, professeur de philosophie au Lycée Ababacar Sy de Tivaouane

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