Publié le: mer, Sep 2nd, 2020

L’article à lire pour comprendre le procès des attentats de janvier 2015

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Il est historique. Le procès des attentats des 7, 8 et 9 janvier 2015, à Charlie Hebdo, à Montrouge (Hauts-de-Seine) et dans l’Hyper Cacher de la porte de Vincennes, s’ouvre mercredi 2 septembre, après un report lié au coronavirus. Quatorze accusés, soupçonnés à des degrés divers de soutien logistique aux trois terroristes tués, les frères Chérif et Saïd Kouachi, ainsi qu’Amedy Coulibaly, comparaissent devant la cour d’assises spéciale de Paris jusqu’au 10 novembre. Franceinfo vous explique tous les enjeux de cette audience fleuve.

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Ce procès est-il celui de la tuerie de “Charlie Hebdo” ?

Oui, mais pas seulement. Rappelons les faits : le mercredi 7 janvier 2015, vers 11h30, deux hommes cagoulés et lourdement armés pénètrent dans les locaux de Charlie Hebdo. Les membres de l’hebdomadaire satirique sont en pleine conférence de rédaction. En quelques secondes, le duo tue Elsa Cayat, Cabu, Tignous, Georges Wolinski, Philippe Honoré, Michel Renaud, Bernard Maris, Mustapha Ourrad, Charb et le policier qui assurait sa protection, Franck Brinsolaro. Un peu plus tôt, un agent de maintenance de l’immeuble, Frédéric Boisseau, a été froidement abattu.

Les auteurs de la tuerie sont identifiés quelques heures plus tard : il s’agit de Chérif et Saïd Kouachi. Ils s’enfuient et exécutent un policier, Ahmed Merabet. Leur cavale se poursuit jusqu’à une imprimerie de Dammartin-en-Goële (Seine-et-Marne). Le vendredi 9 janvier 2015, à 16h56, ils sortent des locaux et tirent sur les forces de l’ordre. Le GIGN réplique et blesse mortellement les deux terroristes, qui se réclament d’Al-Qaïda au Yémen.

En parallèle, un autre homme, Amedy Coulibaly, sème la terreur. Lui revendique une appartenance au groupe Etat islamique. Le 8 janvier 2015, vers 8 heures, il assassine Clarissa Jean-Philippe, une policière municipale à Montrouge (Hauts-de-Seine). Deux employés de la mairie sont grièvement blessés. Le terroriste est introuvable jusqu’au lendemain, quand il ouvre le feu dans l’épicerie Hyper Cacher, porte de Vincennes à Paris. Au total, il tue quatre personnes et en prend 26 en otage, libérées saines et sauves lors de l’assaut. Amedy Coulibaly, lui, meurt sous les balles des forces d’intervention. Ce procès est donc celui des personnes soupçonnées d’avoir prêté main-forte, de près ou de loin, aux frères Kouachi, et surtout à Amedy Coulibaly, dans le but de commettre ces attaques.

Qui sont les individus jugés ?

Quatorze accusés sont renvoyés devant la justice. Un premier cercle de personnes ont été interpellées après l’analyse de la téléphonie du terroriste et la découverte de leur ADN, ou de leurs empreintes digitales, sur des armes. On y retrouve deux accusés qui ont rencontré Amedy Coulibaly au début des années 2010, lorsqu’il était incarcéré à la prison de Villepinte : Nezar Mickaël Pastor Alwatik et Amar Ramdani. Ce dernier est soupçonné d’avoir fourni des armes au terroriste de l’Hyper Cacher avec le concours de deux autres hommes qui seront également jugés lors de ce procès, Saïd Makhlouf et Mohamed-Amine Fares. Il y a aussi Willy Prévost, qui connaît Amedy Coulibaly depuis l’enfance : les deux hommes ont grandi dans le même quartier à Grigny (Essonne). Comme lui, la plupart des accusés démentent avoir eu connaissance des intentions terroristes d’Amedy Coulibaly.

Un autre accusé, Ali Riza Polat, a également rencontré Amedy Coulibaly à Grigny. Ce délinquant multirécidiviste, radicalisé en 2014, apparaît à tous les stades de la préparation des attentats. Son écriture a notamment été identifiée sur une liste, dans laquelle il demande le prix d’explosifs, de détonateurs, de munitions et de chargeurs de kalachnikov.

Le document a été retrouvé chez un accusé belge, Metin Karasular. Gérant de garages, ce dernier fait partie du deuxième cercle de mis en cause, ciblés pour leur implication supposée dans le volet armes du dossier. Metin Karasular est soupçonné d’avoir fourni un arsenal aux terroristes avec Michel Catino, son ami et voisin en Belgique. Les deux hommes ont eu plusieurs contacts avec deux autres accusés, Abdelaziz Abbad et Miguel Martinez.

Si l’enquête a permis d’identifier le réseau d’Amedy Coulibaly, il n’en est pas de même pour les frères Kouachi. La justice manque d’éléments pour mettre en cause d’éventuels complices et commanditaires dans l’attaque de Charlie Hebdo. L’arrestation inespérée du jihadiste français Peter Chérif, un cadre d’Al-Qaïda au Yémen, en décembre 2018, a contraint les juges à disjoindre ce volet de l’enquête de celui des attentats de janvier 2015. L’instruction est toujours en cours et pourrait aboutir à un autre procès.

Seront-ils tous présents au procès ?

Non. Trois accusés sont visés par un mandat d’arrêt et manquent à l’appel : les frères Mohamed et Mehdi Belhoucine, ainsi qu’Hayat Boumeddiene, épouse religieuse d’Amedy Coulibaly. Le trio a rallié les rangs du groupe terroriste Etat islamique cinq jours avant la tuerie de Charlie Hebdo. Hayat Boumeddiene apparaît, pour la dernière fois, le 2 janvier 2015, sur des images de vidéosurveillance de l’aéroport de Madrid, aux côtés de Mehdi Belhoucine. Ils s’apprêtent à prendre un avion pour Istanbul, d’où ils rejoindront la Syrie. 

Hayat Boumeddiene est-elle toujours vivante ? Dans une audition face à un juge d’instruction, en mars, une jihadiste rentrée en France affirme l’avoir croisée sous une fausse identité, en octobre 2019, dans l’immense camp syrien d’Al-Hol, selon France 2. Mais elle reste introuvable et sera donc jugée par défaut, tout comme les frères Belhoucine. Selon des informations obtenues par les enquêteurs, les deux hommes auraient été tués en Syrie : l’aîné, Mohamed Belhoucine, serait mort au combat début 2016, le cadet dès le printemps 2015. Mais les décès ne peuvent être officiellement confirmés.

Que reproche-t-on aux accusés ?

Les accusés encourent des peines allant de dix de prison à la réclusion criminelle à perpétuité. La majorité d’entre eux sont jugés pour “association de malfaiteurs terroriste en vue de la préparation d’un ou plusieurs crimes”.

Deux personnes sont soupçonnées d’être davantage impliquées dans la préparation de ces attentats : Mohamed Belhoucine et Ali Riza Polat, les seuls à être jugés pour complicité d'”actes de terrorisme”. Ils encourent donc la peine maximale. L’instruction a permis d’établir que le premier avait écrit la prestation d’allégeance au groupe Etat islamique retrouvée en possession d’Amedy Coulibaly à l’Hyper Cacher. Il a aussi créé des adresses mail permettant au terroriste de recevoir des instructions.

Le second, ami d’Amedy Coulibaly depuis 2007, apparaît comme la cheville ouvrière du dossier. Il est le point de contact entre plusieurs accusés, que ce soit dans le volet logistique ou le volet armes. Si aucun lien entre Ali Riza Polat et les frères Kouachi n’a pu être établi, les magistrats estiment qu’il leur a apporté une assistance opérationnelle, via Amedy Coulibaly. Ainsi, les enquêteurs pointent son rôle dans la recherche et la fourniture des armes, munitions et explosifs utilisés lors des trois attaques, et pas seulement à Montrouge ou à l’Hyper Cacher.

De son côté, Hayat Boumeddiene est accusée d’avoir réalisé des escroqueries pour se procurer des voitures et l’argent nécessaire à l’achat d’armes et de matériel pour les attentats. Elle est donc renvoyée devant la justice à la fois pour “financement du terrorisme” et “association de malfaiteurs terroriste en vue de la préparation d’un ou plusieurs crimes”. Elle risque 30 ans de réclusion criminelle.

Un seul accusé comparaît libre : Christophe Raumel. S’il reconnaît avoir participé à l’achat de matériel et d’un véhicule en compagnie de Willy Prévost, il n’a jamais été en contact direct avec Amedy Coulibaly. Les magistrats ont donc établi qu’il ne pouvait avoir connaissance du projet terroriste et l’ont renvoyé devant la justice pour simple “association de malfaiteurs”. 

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