Publié le: ven, Mai 22nd, 2020

Faut-il s’attendre à l’instauration d’un salary cap dans le football européen ?

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Dans un contexte économique troublé par la pandémie de Covid-19, la résurgence de l’idée d’un “salary cap” (plafond salarial) appliqué au football européen illustre une volonté largement partagée de réforme par régulation. Mais faut-il pour autant s’attendre à un bouleversement structurel imminent ?

C’est souvent dans la difficulté qu’on arrive à mettre en place des petites évolutions pour éviter les excès. Je pense que c’est le moment d’amener un peu plus de régulation“. Lors d’une conférence de presse organisée le 10 mai dernier, Loïc Féry, le président du FC Lorient, accompagné de Bernard Caïazzo, a ressorti du placard l’idée d’un salary cap –  en Français, d’un plafonnement des salaires de joueurs. Quelques jours plus tôt, c’est le directeur général de la LFP, Didier Quillot, qui laissait la porte ouverte à de nouvelles régulations, dont ledit salary cap. Une idée “qu’il va falloir faire atterrir“, d’après ses propres termes.

Pourquoi en parle-t-on maintenant ?

Loin d’être une nouvelle lubie, le plafonnement des salaires a largement été évoqué en Europe depuis les années 2000, après le constat d’une inflation irréelle des revenus des acteurs du football. Habituée à revenir sur le devant de la scène périodiquement, cette idée est redevenue concrète mardi, quand le président de la Fédération allemande de football, Fritz Keller, a prévenu qu’il allait écrire à l’UEFA à ce sujetRéaction immédiate de l’instance européenne par le biais de son président Aleksander Ceferin. Dans un entretien accordé mercredi au Guardian, le dirigeant slovène développe : “On réfléchit constamment à la manière dont on pourrait améliorer les régulations (…). On pense à améliorer le Fair Play Financier, en le modernisant et en en faisant un peu plus en faveur de l’équilibre concurrentiel. 

L’interruption des compétitions provoquée par la pandémie de Covid-19 a montré les failles d’un système. Enhardi par sa croissance exponentielle, le football européen se croyait intouchable mais il n’était en réalité pas préparé au moindre coup d’arrêt. A peine deux semaines après le début du confinement, des clubs français lançaient un appel à l’aide. “Sans aides de l’État, la moitié des clubs pros dépose le bilan d’ici six mois“, s’alarmait Bernard Caïazzo dès le 22 mars, depuis sa position de président du syndicat Première Ligue. Si certains diront que la crise est exogène, qu’elle n’est pas née de la seule nature du foot européen, les acteurs devront de toute façon tirer les leçons de cette situation pour envisager un modèle plus pérenne.

Comment les clubs peuvent-ils payer des salaires astronomiques et se retrouver dans une situation critique en à peine deux mois ? Dans ses propos, Fritz Keller pointe la situation “absurde” d’un monde dont les problèmes “étaient jusque-là éclipsés par les records“. La résurgence de l’idée d’un salary cap poursuit deux objectifs. Premièrement, trouver un moyen de rendre les clubs moins vulnérables en limitant la part de la masse salariale face aux recettes totales. Puis, de rétablir la crédibilité d’un monde plombé par des inégalités salariales énormes, où se côtoient une poignée de multimillionnaires et 40% de joueurs professionnels rémunérés en dessous des 1000€ par mois d’après la Fifpro. La course à l’armement incontrôlée des plus gros a creusé un gouffre abyssal. Quasiment chaque saison, les vainqueurs des grands championnats européens sont connus à l’avance.

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