Publié le: mer, Juil 15th, 2020

Art contemporain : “Something we Africans got”, ou quand les artistes africains sont racontés par “ceux qui savent”

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Entre Paris et Abidjan, la passion de la Franco-Ivoirienne Anna-Alix Koffi s’étale souvent en noir et blanc qu’elle “met partout” et souvent sur du très beau papier. Something we Africans gotSWAG High Profiles et Woman Paper sont les différents titres que la journaliste conçoit et édite, de façon indépendante, depuis 2016. Chaque support bilingue français-anglais est régi par une philosophie différente, mais ils ont un point commun : ils sont une vitrine pour les acteurs de l’art contemporain en Afrique.

Pour l’éditrice indépendante, il n’est d’ailleurs pas question de parler “d’art contemporain africain”.  “Il n’y a pas d’art contemporain africain, explique-t-elle. On ne dit pas, par exemple, art contemporain européen ou art contemporain américain… A la rigueur, si, on pourrait dire art américain, il y a des courants, des écoles… Je tiens une revue d’art depuis plus de deux ans et je ne saurais pas comment qualifier les choses de manière juste.” Le message est pourtant assez clair : l’origine d’un artiste ne peut pas définir son art. 

D’autant que la vision du monde de ces artistes africains intéresse de plus en plus. “Cet art devient une valeur sûre et c’est un regard neuf sur le monde”, estime la journalisteCertains pensent que c’est un phénomène de mode qui va s’essouffler, mais je ne partage pas cet avis. Nous sommes définitivement entrés dans la danse. Nous sommes rentrés dans les collections et les gens en voient l’intérêt. Je m’appuie sur ces jeunes talents qui apparaissent pour dire cela (…). Le seul risque pour cet art-là, ce sont les spéculateurs qui peuvent ruiner la carrière de ces artistes en les vendant trop tôt, trop cher.” 

Les publications d’Anna-Alix Koffi sont là pour faire écho à cette dynamique que les regards non-affûtés ont encore dû mal à percevoir. “Il faut accéder à cet art par les artistes eux-mêmes, conseille-t-elle. Se faire soi-même une idée et remonter le fil. On peut commencer par les stars, à savoir Barthélémy Toguo, à qui l’on doit d’ailleurs une magnifique fresque bleue au métro Château-Rouge à Paris. C’est un Camerounais qui est bien représenté et ce par plusieurs grosses galeries, notamment à Paris, à New York ou encore au Cap. Il y a le plasticien El Anatsui qui est du Ghana. Il travaille avec des objets récupérés et il en fait des œuvres monumentales, absolument incroyables. Ici en Côte d’Ivoire (Anna-Alix Koffi y séjourne actuellement, NDLR)le sculpteur Jems Koko Bi travaille le bois mort et démontre bien que c’est de la matière vivante. Quand on a la chance d’en posséder une, on voit bien que ses pièces évoluent avec l’apparition de fissures, les changements de coloration et c’est magnifique. Il y a tellement d’artistes…” 

Allier l’art à la pensée critique

Et avec ses “créations”, comme Anna-Alix Koffi les appelle malicieusement, les amateurs ont l’occasion de découvrir cette multitude de talents dont dispose le continent. C’est avec OFF the wall, revue photographique en 10 volumes publiée entre 2013 et 2016, que la jeune femme va être piquée par le virus de l’édition. Les numéros qui l’ont le plus emballée, confie-t-elle, étaient ceux consacrés à l’Afrique (numéro 3), à la femme (le numéro 5) et celui en noir et blanc (numéro 8). 

En avril 2017, une série d’événements artistiques autour du continent vont provoquer un déclic chez Anna-Alix Koffi qui se doutait déjà qu’elle avait “trouvé sa voie” dans l’édition, forte de son expérience OFF the wall “J’ai pensé, se souvient-elle, nous sommes sur la carte. Et je me suis dit que j’allais faire une revue sur l’art en Afrique portée par ceux qui savent, qu’ils soient Africains ou non, mais en donnant le plus possible l’opportunité aux premiers de s’exprimer. J’ai décidé d’y mêler art et pensée critique.”

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