Publié le: mar, Sep 22nd, 2020

Armel Le Cléac’h, vainqueur de la Solitaire du Figaro: “La troisième étoile est là”

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Le désormais triple vainqueur de la solitaire du Figaro fait partie d’un club des six plutôt élitiste. Avec Jean Le Cam, Philipe Poupon, Michel Desjoyeaux, Jérémie Beyou, et Yann Eliès. Pour autant il reste toujours fidèle à lui-même, à sa manière de faire, à sa croyance dans les vertus du travail et dans celles, surprenantes, de la pratique du golf. Sans en rajouter Armel Le Cléac’h se confie. Le ton est posé, l’entretien est carré, même si l’émotion est présente. Armel à cœur ouvert.

Vous y êtes, vous avez enfin cette troisième victoire, après 2003 et 2010. Peux-t-on hiérarchiser vos succès dans cette Solitaire du Figaro ?
Armel Le Cléac’h :
 “La troisième étoile est là, elle existe, je vais peut-être la coudre sur un maillot. Pour moi c‘est un symbole mais c’est un aussi un repère car je rentre dans le cercle des triples vainqueurs, on est six maintenant et je suis très heureux de rentrer dans ce club. Philippe Poupon c’était le marin que je suivais quand je faisais de l’optimist étant gamin et j’avais le poster de son bateau Fleury Michon dans ma chambre. Ensuite il y eu Jean et Mich (Desjoyeaux). Quand j’étais étudiant ils étaient les marins de référence pour moi. Un signe j’ai intégré le pôle de Port-la-Forêt, fin 1999 l’année où Jean Le Cam gagne sa troisième Solitaire du Figaro et l’année qui précèdera ma première Solitaire. 
Si on veut hiérarchiser disons que sur la deuxième (2010) j’ai maîtrisé de bout en bout. Les deux autres sont très belles aussi. La première en 2003 après un sprint incroyable avec Alain Gautier et une victoire pour 13 secondes d’écart. Celle de cette année est le fruit d’un retour après pas mal d’années d’absence, où on se construit avec des moments de doute compliqués (chavirage dans la Route du Rhum 2018). À chaque fois ce sont des histoires différentes mais 2010 était, c’est vrai, quasiment parfaite.”

Vous étiez intouchable en 2010, vous marchiez sur l’eau, rien ne pouvait vous arriver ? 
ALC :
 “Oui peut-être qu’on peut dire cela. Autant en 2003 c’était ma quatrième saison et j’étais déjà formaté Figaro, sans doute car je naviguais toute l’année dessus. Il y avait de la progression, c’était le summum et je ne m’y attendais pas forcément, mais c’était déjà un premier tournant dans ma carrière. En 2010 il y avait une certaine maîtrise du support. Et tout s’est enchainé. En début de saison je gagne la Transat AG2R la Mondiale Concarneau Saint-Barthélemy avec Fabien Delahaye. Je viens de finir deuxième du Vendée Globe 2008 derrière Michel Desjoyeaux. 
Je gagne trois étapes sur la Solitaire, j’avais l’impression d’être en osmose avec la météo, le bateau. On peut parler d’un état de grâce, c’était une superbe Solitaire, avec un dénouement incroyable. Seul le père de Yann Eliès avait déjà gagné quatre étapes dans une Solitaire (ndlr en 19179 un record qui tient toujours).”

Armel Le Cléac'h vainqueur en 2010 sur Brit Air
Armel Le Cléac’h vainqueur en 2010 sur Brit Air © DR

Qu’est ce qui fait que vous revenez sur la solitaire du Figaro, après avoir goûté au succès d’un Vendée Globe ou à la Route du Rhum ? 
ALC :
 “La Solitaire j’aime bien y revenir, c’est si compliqué, on ne gagne pas tous les ans. Après mon Vendée Globe 2012 j’y suis revenu mais je n’ai rien gagné. Là séduit par le Figaro 3, j’ai retenté l’aventure pour deux ans car ce nouveau bateau est un support incroyable et je voulais oublier 2018.
Et puis j’ai la chance d’avoir un partenaire fidèle la Banque Populaire, qui est aussi partenaire de la Fédération Française de Voile. Il y a un exemple à donner aux jeunes qui démarrent et qui ont envie, on a ce rôle d’ambassadeur à jouer, de montrer l’exemple pour réussir à réaliser sa passion et ses rêves avec du travail, encore et toujours. Et puis comme je le répète on ne gagne pas tous les jours, mon partenaire n’avait jamais gagné la Solitaire du Figaro alors que cela fait trente ans qu’ils sont dans la voile.”

Y-a-t-il un vainqueur type d’une Solitaire du Figaro ? 
ALC : 
“Je ne sais pas si ça existe, quand on voit la difficulté. Il faut persévérer, beaucoup travailler, savoir s’extraire du peloton à un moment, imposer sa patte, faire les choses mieux que les autres. C’est peut-être le secret. Et puis il y a un moment où quand on est seul, il faut savoir attaquer au moment où il le faut.”

Armel Le Cléac'h sur l’eau en 2020
Armel Le Cléac’h sur l’eau en 2020 © Alexis Courcoux

Vous êtes un golfeur performant et pas simplement amateur. On vous voit souvent sur les parcours avant un grand départ de course. Qu’est-ce que ce sport vous apporte dans votre préparation ?
ALC:
 “Je suis handicap 15 en golf, ça veut dire que je me fais plaisir sur un parcours. Ce que j’aime c’est le côté où on peut jouer et oublier le reste, passer un moment et couper avec les problèmes des contraintes de la vie. On se concentre sur le jeu et ça reste un jeu. Pour ce qui est du parallèle avec la voile, il faut savoir se lancer, choisir le bon club et jouer avec le parcours. Mon meilleur jeu c’est le jeu d’approche, dans le jeu de fer, le deuxième coup en général, fer 7 ou 8. Sur le green j’utilise ma routine, c’est essentiel dans beaucoup de sport mais aussi en voile. Répéter les mêmes gestes, comme en voile.   
Le golf je m’en sers beaucoup pour la concentration et la préparation mentale, il faut avoir de l’humilité car on peut faire un excellent coup et derrière une grosse m….. Ça demande de prendre beaucoup sur soi, de savoir accepter le haut et le bas. C’est comme en voile par moment on peut se faire bloquer par peu de vent et se faire rattraper par tout le monde, et après prendre une option  et s’échapper. Il ne faut pas partir dans l’euphorie sous peine de tout perdre. Il faut savoir maîtriser ses émotions.”

Vous en avez déjà vécu aussi bien en golf qu’en voile ?
ALC:
 “Oui je suis allé voir la Ryder Cup il y a deux ans. C’était génial, fantastique, un grand moment de sport. Comme ma victoire dans le Vendée Globe. En France on a cette image controversée et élitiste du golf, parfois de la voile aussi. Mais c’est un sport ouvert à tout le monde et populaire. Là où je joue dans le Finistère il n’y pas de barrière sociale pour accéder à ce sport.”

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