Publié le: mer, Nov 28th, 2018

LFI: les tensions se muent en crise après le départ d’un proche de Jean-Luc Mélenchon

Share This
Tags

Paris (AFP) – Le départ d’un proche de Jean-Luc Mélenchon, Djordje Kuzmanovic, assorti d’un grand déballage sur le « manque profond de démocratie » dans une France insoumise « aux mains d’un petit groupe de nouveaux apparatchiks », fait éclater au grand jour les tensions qui agitent le mouvement.
Les dissensions s’accumulaient en interne depuis six mois, et une première vague de départs avait eu lieu à l’été. Mais une seconde crise, plus violente, a éclaté mercredi avec la tribune abrasive dans Marianne par laquelle M. Kuzmanovic, qui a corédigé le programme de LFI en matière internationale, annonce et justifie pourquoi il quitte le camp mélenchoniste.
M. Kuzmanovic connaît Jean-Luc Mélenchon depuis 2005. Il est le tenant d’une ligne associant « souverainisme » et Jean Jaurès, dont la volonté d' »assécher les flux migratoires » avait provoqué la controverse à gauche en septembre. La goutte d’eau, pour lui, a été son éviction signifiée en début de semaine de la liste LFI pour les élections européennes de mai, a-t-il expliqué à l’AFP.
Plusieurs avant lui, tels l’économiste Liêm Hoang-Ngoc et le Collectif des insoumis démocrates (CID), avaient pointé la mainmise d’un cercle autour de Jean-Luc Mélenchon. Mais c’est en réalité « la vaste majorité des militants et des responsables régionaux », selon Djordje Kuzmanovic, qui regrette le « manque profond de démocratie » au sein de LFI.
« La forme horizontale et gazeuse du mouvement, censée reposer sur les initiatives du terrain, recouvre, comme souvent, l’extrême concentration du pouvoir aux mains d’un petit groupe de nouveaux apparatchiks », écrit Djordje Kuzmanovic.
« La critique interne, même bienveillante, est vécue comme une attaque, le pas de côté comme une trahison », a raconté dimanche Corinne Morel Darleux, conseillère régionale d’Auvergne Rhône-Alpes, en actant son départ de la direction du Parti de gauche, composante fondatrice de LFI. Elle dénonçait, elle, « les signifiants vides du populisme », montrant que la critique sur l’organisation provient de diverses tendances idéologiques.
LFI justifie sur son site: « Le comité électoral a décidé de retirer Djordje Kuzmanovic de la liste, après qu’il ait publiquement réitéré des propos considérant comme secondaires les luttes féministes et LGBT », et après « des remarques sexistes ».
– « Bras armé » –
Alors que LFI vient d’être sèchement battue, dimanche dans une partielle de l’Essonne, et que la cote de popularité de Jean-Luc Mélenchon s’est affaissée dans divers sondages, un cadre du mouvement confie à l’AFP le climat délétère qui règne en son sein: « Il y a quelque chose dans l’air, entre les affaires, le pilotage sectaire et l’effondrement personnel de Mélenchon suite aux perquisitions. C’est la question de la mort de LFI qui est en question ».
L’annonce mi-novembre par Charlotte Girard qu’elle quittait la direction en tandem, avec le directeur des campagnes Manuel Bompard, de la liste des européennes, devait fonctionner comme un signal que Jean-Luc Mélenchon n’a pas entendu, estime ce cadre.
Le leader insoumis avait lui-même évoqué l’idée d’un mouvement « gazeux » pour éviter les structures partidaires traditionnelles, avec les risques afférents. Manuel Bompard affirmait plus récemment que l’organisation était « très horizontale entre les élections, très verticale en période de campagne ».
Le rôle du comité électoral est en cause, pour François Cocq. Cet orateur national de LFI a été lui aussi évincé lundi de la liste pour les européennes à la suite, de l’aveu même du comité, « des prises de positions publiques sur les réseaux sociaux et dans Le Figaro ».
Il estime auprès de l’AFP qu’alors que la « force et le talent des députés » leur ont donné une place trop importante dans le mouvement, le comité électoral est de son côté devenu « le bras armé » de la direction.
Manuel Bompard a souvent répondu aux critiques en faisant valoir que le comité était composé pour moitié de militants tirés au sort. Mais « des cadres démocratiques forts » faciliteraient les choses « quand des conflits apparaissent », admet un député insoumis.
En l’état, la députée PCF Elsa Faucillon, qui défend pourtant dans sa famille politique un rapprochement avec les Insoumis, regrette que LFI soit « un mouvement qui absorbe plus qu’il n’agrège la diversité ».

 

https://fr.news.yahoo.com/lfi-tensions-muent-crise-après-départ-dun-proche-114808033.html

A propos de l'Auteur

-