Publié le: ven, Nov 16th, 2018

INTERVIEW. Cécile de Ménibus : “Je voulais être commissaire de police et suis entrée dans les médias par hasard”

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Nouvelle voix de la matinale de Sud Radio, Cécile de Ménibus a délaissé le divertissement pour l’info. Un virage à 180° engagé par un diplôme à Sciences Po et trois ans de remise en question. Elle raconte.

Cécile de Ménibus : C’est une matinale d’information, avec de la politique. Mais là où, sur les autres radios, le ton va être sérieux, nous recherchons plus la convivialité. Si on se plante, on se plante, si on a envie de rire, on rit. Mais, ce qui nous différencie le plus, c’est que nous prônons les régions et la simplification. C’est aussi un peu mon rôle. Quand les débats deviennent techniques, je suis là pour dire : « Attention, on ne comprend plus rien. »

Qui dit matinale dit lever très tôt. Ce n’est pas trop dur ?

 

Je suis ravie de me lever pour aller travailler, même si j’ai une vie de moine : coucher à 19h30-20 h, lever à 3h30. J’ai animé des matinales pendant douze ans avec Cauet, mais on était jeunes, on n’avait pas besoin de beaucoup dormir. Aujourd’hui, je suis un peu plus âgée (rires), j’ai dû adapter mon mode de vie. Il faut envoyer du sourire et que cela s’entende. Il ne faut pas être fatigué. J’ai donc consulté un médecin du sommeil et un nutritionniste pour être le plus en forme possible.

Est-ce que faire de l’info découle de votre diplôme à Sciences Po ?

Je n’étais pas destinée à faire de la télé. Je voulais être commissaire de police et suis entrée dans les médias par hasard. J’y ai exploité ma nature rieuse. Mais je suis aussi quelqu’un de très sérieux. Je travaille et j’apprends énormément. Ma vie familiale a rendu compliqué mon accès aux études et j’ai travaillé dur pour masquer le fait que j’étais autodidacte. Mais si, à 20 ou 30 ans, on s’en accommode, en vieillissant ça ne suffit plus, il faut valider son expérience dans un cadre. Dans ma famille, beaucoup ont fait Sciences Po ou l’ENA. Quand j’ai été contactée pour intégrer un de leurs masters, j’ai cru à une blague. Je ne faisais plus de télé et je me suis dit : « Pourquoi pas ? » Sans renier le passé ni mon image, que j’ai parfois mal supportée – mais que j’assume totalement -, j’ai pensé que c’était le moment de montrer que je pouvais faire autre chose.

Qu’entendez-vous par « J’ai parfois mal supporté mon image » ?

Quand j’intervenais dans une conversation politique au cours d’un dîner, on me disait : « Quand on parlera de Jean-Pierre Foucault, on te fera signe. » C’est très humiliant. Il fallait que je sois adoubée par une institution. Que les gens se disent : « Elle a fait Sciences Po, on peut se détendre, elle est intelligente. » Il fallait passer par là pour que certains voient au-delà de l’animatrice de divertissement. C’est le jeu. De là, le chemin s’est ouvert à d’autres orientations.

Votre vie familiale vous a empêchée l’accès aux études : est-ce en raison du divorce de vos parents ?

Oui. C’est le lot de beaucoup de familles. Votre père vous abandonne. Votre mère, qui travaillait avec lui, se retrouve sans métier, sans rien, avec deux enfants à élever. Ma mère a subvenu à nos besoins et nous a offert une très jolie vie, mais elle n’avait pas les moyens de nous payer des études. Je suis donc vite entrée dans la vie active pour gagner de l’argent, en me disant que je me paierais une école plus tard. Et puis j’ai été embarquée dans cette vie et je ne voulais plus m’arrêter. J’étais lancée. Comme en voiture, quand on n’a plus d’essence et qu’on arrive dans une pente. Quelqu’un vous dit « Je peux vous aider ? » et vous répondez « Non, je ne m’arrête pas, je suis lancée. » C’était exactement ça, jusqu’au jour où la voiture s’est arrêtée net : trois ans où je n’ai plus fait de télé.

Comment l’avez-vous vécu ?
Très mal. J’avais eu une série de succès, aussi bien avec Sébastien Cauet que Jean-Marc Morandini, et j’ai ressenti un désamour profond. Pendant six mois, je me suis demandé pourquoi, puis j’ai compris que ça ne changerait rien et j’ai pris le problème dans l’autre sens, en pensant à ce que je devais changer. Je suis partie quatre mois à Las Vegas pour faire le point. Regarder ma vie de loin et me remettre en question. Il fallait que je retrouve l’envie. Plus rien ne m’émerveillait, j’étais déçue par les gens de ce milieu que j’avais accueillis dans mon jardin. Quand la télé s’est arrêtée, c’était terminé. Plus de son, plus d’image.
Vous saviez que le milieu des médias peut être hypocrite…
J’espérais qu’ayant fait entrer ces gens dans ma vie, ils y resteraient et m’inviteraient aussi, même si je ne faisais plus d’antenne. J’ai pris une claque. Je ne leur en veux pas. A l’époque, j’avais envie d’organiser ces fêtes, je me nourrissais de leur présence. Mais je ne recommencerai pas.
Vous animez aussi Les Mystères de police secours sur C8. Quand le prochain numéro est-il prévu ?
Je viens de finir celui sur les douanes et je vais tourner celui sur la gendarmerie. Cette émission me tient à cœur, je rencontre des gens fantastiques dont j’ai la chance de partager le quotidien.
Lors du numéro sur les maternités, vous avez évoqué votre regret de ne pas avoir eu d’enfants…
Je le regrette, car je ne transmettrai peut-être jamais ce que j’ai construit. Un temps, je me suis demandé si le fait d’avoir passé une partie de ma vie à courir après des émissions ne m’avait pas fait passer à côté de quelque chose. Même si, aujourd’hui, j’arrive à me dire que ça devait être ainsi, j’ai toujours un petit pincement au cœur lorsque je me promène avec mon compagnon et que l’on croise une famille.
L’adoption reste une possibilité…
J’en ai très envie et je tanne mon fiancé. C’est une réflexion que je mûris depuis longtemps.

https://www.closermag.fr/people/interview-cecile-de-menibus-je-voulais-etre-commissaire-de-police-et-suis-entree-899808

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