Publié le: ven, Nov 9th, 2018

«Itinérance mémorielle» de Macron : «Un vrai bonheur», vraiment ?

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Débutée dimanche soir, l’itinérance entreprise par le chef de l’État prend des allures de chemin de croix face aux récriminations des Français.
La scène est rarissime tant ce type de visite est cadré… Tandis qu’il célèbre, au milieu des chaînes de montage de l’usine Renault de Maubeuge (Nord), l’annonce de la production de nouveaux véhicules, le président est tout bonnement interrompu ! « Monsieur Macron, vous n’êtes pas le bienvenu ici ! » lui balance Samuel Beauvois, syndicaliste Sud. S’ensuivent des minutes surréalistes.
Le chef de l’État ne parvient pas à démarrer son discours. Sa patience est éprouvée : « Vous êtes ridicule. Soit, vous avez la courtoisie de poursuivre. Soit, vous allez sortir », rétorque-t-il à son interlocuteur, qui martèle : « Vous prenez dans la poche des ouvriers ! »

Certes, la plupart des salariés rabrouent leur collègue, jugeant que « ce n’est pas le moment » pour pareille interpellation. Il n’empêche. La colère liée aux prix du carburant, du gaz, à la hausse de CSG pour les retraités, jusqu’alors omniprésente mais réservée à la rue, s’invite dans le programme officiel. Répétition de ces images que l’Elysée voudrait éviter, celles qui tournent en boucle.
Il y a aussi la polémique sur Philippe Pétain, que les conseillers du président se sont échinés à déminer la veille. Mais Macron assume ses propos, relègue la polémique à une « boîte à folie » dans laquelle les journalistes se sont, selon lui, « installés ».
Macron tente de retourner la situation
Sensation que cette « itinérance mémorielle » vire au chemin de croix. « Vous êtes à Maubeuge, où les gens votent à 50 % pour le Front national. Le chemin de croix, c’est eux qui l’ont vécu. La région a perdu plus d’1,5 millions d’emplois en 30 ans », coupe le ministre des Comptes publics, Gérald Darmanin.
Devant les salariés de Renault, le président tente de retourner la situation à son avantage. Il s’emporte dans un plaidoyer pro domo, exalte le « mérite », lance un appel, macronien en diable, à l’implication individuelle de chacun dans le redressement économique du pays. Le pivot de son projet, il le martèle, c’est le travail. Ce n’est plus un discours, c’est un meeting politique.
« La colère n’est pas partout »
Malgré tout cela, Macron certifie – on ne peut plus sérieux – que cette semaine sur les routes, « c’est un vrai bonheur ». Et depuis Paris, son entourage se félicite de le voir dans l’arène. « C’est exactement l’objectif : regarder le pays dans les yeux, ne pas se cacher, entendre, avance l’un de ses très proches. Il engrange. Chaque soir, il fait le compte de ce qu’il a perçu, des idées que ça lui donne. » Le pari rappelle celui de l’entre-deux tours de la présidentielle, lorsqu’il était allé se frotter à la colère et à l’inquiétude des Whirlpool d’Amiens (Somme).

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Mais nous ne sommes plus au temps de la campagne. Et le président, qui promettait une « France réconciliée », suscite de plus en plus d’irritation sur son passage. Difficilement tenable sur le long terme. « La colère n’est pas partout », veut croire son entourage. En écho, le syndicaliste de Renault, appelle, lui, « les salariés de France et de Navarre à interpeller le président et le couper lors de ses discours, pour lui montrer qu’il n’y a pas que M. Beauvois qui est en rogne. »

 

http://www.leparisien.fr/politique/itinerance-memorielle-de-macron-un-vrai-bonheur-vraiment-08-11-2018-7938582.php

 

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