Publié le: lun, Oct 29th, 2018

Brésil : la potion économique libérale de Bolsonaro

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Le président élu veut administrer un remède de cheval pour éliminer les déficits et restituer un dynamisme à une économie qui tourne au ralenti.

Austérité, réformes, productivité : telle est la potion libérale concoctée par le futur super-ministre de l’Economie  Paulo Guedes  pour alimenter le programme du  président élu Jair Bolsonaro . Formé à l’école de Chicago, ce monétariste ultraorthodoxe de 69 ans  n’y va pas par quatre chemins .

Au menu : privatisations, forte réduction des dépenses publiques et baisse des impôts sur le revenu. Par le biais de mesures radicales, cet ancien banquier veut réduire le déficit budgétaire en éliminant dès l’année prochaine le déficit primaire (avant intérêts de la dette, actuellement d’environ 2 % du PIB), qui constitue l’un des talons d’Achille de l’économie brésilienne.

Le travailleur doit décider s’il veut un emploi et moins de droits, ou du chômage avec tous les droits.

Jair Bolsonaro est plutôt bien vu dans les milieux d’affaires. « Apparemment, il va mettre en oeuvre un programme libéral. Il va réduire le poids de l’Etat dans l’économie. Il va mettre l’accent sur les infrastructures », note avec satisfaction Ingo Plöger, président du Conseil des entreprises d’Amérique latine (CEAL) à São Paulo. Le président élu est également un farouche défenseur de la réforme du marché du travail : « Le travailleur doit décider s’il veut un emploi et moins de droits, ou du chômage avec tous les droits », avait-il assuré au patronat durant la campagne.

Pour augmenter la productivité de 20 % en quatre ans, Jair Bolsonaro promet d’ouvrir l’économie, réputée comme étant l’une des plus fermées au monde. Autre cheval de bataille : les réformes structurelles, y compris la réforme des retraites et la réforme fiscale. « C’est sur ce terrain qu’on l’attend. Si au cours du premier semestre de l’année prochaine, il ne parvient pas à mettre en oeuvre les trois ou quatre réformes fondamentales, il rencontrera d’énormes difficultés par la suite, et les choses pourraient ne pas bien se terminer », prévient Ingo Plöger.

Potion amère

Toutefois, la société brésilienne est-elle disposée à avaler l’amère potion du docteur Guedes ? Et surtout, le militaire Bolsonaro et le banquier carioca parviendront-ils à travailler ensemble en tenant compte des réalités politiques locales ?

Jair Bolsonaro a déjà désavoué publiquement son conseiller économique lorsqu’il avait évoqué, pendant la campagne, la création d’un taux unique d’imposition à 20 % ou d’une taxe sur les transactions financières. Un flou artistique que Jair Bolsonaro devra s’attacher à dissiper d’ici sa prise de fonction le 1er janvier prochain.

Vidéo : Avec Jair Bolsonaro, le Brésil bascule à l’extrême droite

Thierry Ogier
Correspondant à São Paulo

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