Publié le: lun, Août 13th, 2018

Hauts-de-Seine : son compagnon la bat, elle est expulsée à cause du bruit

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tribunal d’instance a ordonné l’expulsion d’une femme victime de violence conjugale. Motif : les cris et le bruit lors des accès de colère du compagnon violent dérangeaient le voisinage !

C’est la double peine. Victime de violences conjugales, cette mère de famille est expulsée de son logement… à cause de la violence de son compagnon. Le lien est indubitable et le juge du tribunal d’instance de Colombes, qui a ordonné l’expulsion, l’écrit d’ailleurs très tranquillement : « la plainte déposée pour violence conjugale par Madame ne fait que corroborer les troubles ». « Troubles » abondamment signalés au bailleur social, le groupe 3 F, par des voisins exaspérés d’entendre des cris. Mais qui n’ont manifestement pas jugé bon de proposer leur aide à Elodie.

«Je ne comprends pas qu’on m’expulse»

« Ben les voisins… personne ne venait me voir », murmure cette femme de 37 ans, visiblement fragilisée par une vie conjugale douloureuse et une procédure qui l’oblige à quitter son trois-pièces de La Garenne-Colombes avant le 12 septembre. « Je ne comprends pas qu’on m’expulse avec deux enfants à cause de bruits », confie-t-elle, son regard vert brouillé de larmes.

Revenant sur sa vie commune avec le père de ses filles, Elodie situe la violence naissante de son compagnon à l’époque de leur emménagement dans cette résidence HLM proprette de La Garenne-Colombes. « Dès qu’on a habité ici, en 2016, il a changé. C’était au moment où je me suis blessée et il n’arrêtait pas de me rabaisser. » Depuis une fracture du poignet, celle qui travaillait dans la restauration souffre d’une atrophie de la main. « Il me faisait toujours des réflexions pour ça, il disait que j’étais fainéante, menteuse […] il m’a pris mon portable. En fait, il voulait me garder que pour lui. »

«J’ai appelé à l’aide, personne n’est venu»

Sous pression, rabrouée, la trentenaire « résiste » néanmoins. « Et un jour, enfin une nuit, il est rentré à 4 heures du matin, je dormais, il m’a insultée et après il m’a mis des claques, des coups au visage. J’ai appelé à l’aide, personne n’est venu. »

Les coups l’ont décidée à déposer plainte, le 30 mars dernier. Un mois plus tard, un deuxième épisode de violence la mène encore au commissariat et son compagnon est placé en garde à vue. Il n’est plus revenu vivre dans le logement conjugal.

Mais cela n’a pas arrêté la procédure judiciaire. Le 18 mai dernier, le couple est convoqué devant le tribunal à la demande de 3 F qui veut la résiliation du bail et l’expulsion de ceux qui perturbent la quiétude des autres locataires. Le bailleur obtient gain de cause. Signé le 29 juin, le jugement est suivi du commandement de quitter les lieux.

«Il aurait pu agir avec humanité»

Conseil d’Elodie depuis quelques semaines, Me Migueline Rosset, s’indigne : « Le juge décrit une situation de véritable souffrance mais n’en tire aucune conséquence. Il aurait pu agir avec humanité et renvoyer l’affaire le temps de vérifier que Monsieur était effectivement parti du logement pour refuser alors d’expulser. Nous avons fait appel. »

Le bailleur 3 F, lui, assume : « Nous avons eu de nombreuses plaintes de locataires pour le bruit et des menaces proférées par Monsieur contre les résidents et la gardienne. Comme Monsieur et Madame sont tous les deux titulaires du bail, la résiliation s’applique à eux deux. Mais on entend qu’elle est victime de violence et elle n’est pas à la rue : nous travaillons à une solution de relogement. »

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