Publié le: mar, Juin 26th, 2018

Bébés volés sous Franco : un premier procès s’ouvre en Espagne

C’est un procès historique qui va s’ouvrir demain à Madrid. Sur le banc des accusés, un octogénaire est le premier homme à comparaître pour une affaire de «bébés volés», un trafic de nourrissons qui a commencé sous la dictature de Francisco Franco et qui concernerait des milliers d’Espagnols.

À 85 ans, Eduardo Vela, obstétricien à la clinique San Ramon est poursuivi pour simulation d’enfant, adoption illégale et faux en écriture.

En juin 1969, une décennie avant la mort de Franco, le médecin a «offert» une enfant à Inés Pérez et à l’a inscrite comme sa fille.

Cette pratique serait née pendant la guerre civile (1936-1939), utilisée à des fins politiques pendant la dictature et s’est perpétuée bien après la mort de Franco, en 1975, jusqu’à la fin des années 80.

Des enfants d’opposants républicains étaient déclarés mort-nés afin d’être confiés à des couples stériles, des familles d’adoption proche du pouvoir national catholique.

L’objectif était de punir les républicaines, aussi accusées de transmettre le «gène rouge» du marxisme, raconte Soledad Luque, présidente de l’association «Tous les enfants volés sont aussi mes enfants».

Des milliers d’enfants volés

L’enfant qu’Eduardo Vela a volé à ses parents, Inès Madrigal ; a aujourd’hui 49 ans. C’est au prix d’années de procédures qu’elle obtient ce procès.

Après avoir appris à seulement 18 ans qu’elle avait été adoptée, c’est en lisant un article sur les «bébés volés» qu’elle découvre que sa clinique natale était un des centres du trafic. Inès Madrigal est la première personne qui pourrait obtenir justice, sur des centaines de milliers d’enfants qui auraient été subtilisés, selon les associations de victimes.

Jusqu’alors, aucunes des 2 000 plaintes portées pour des cas similaires n’avaient abouti, les tribunaux jugeant les preuves insuffisantes ou les faits étant prescrits.

«C’est un procès qui, si le Docteur Vela comparaît, déclare vraiment, et raconte tout ce qu’il doit raconter, peut ouvrir la porte à d’autres affaires, à d’autres procès,» assure Soledad Luque. C’est ce qui a poussé Inès Madrigal à aller jusqu’au bout de la procédure : «Que ce procès serve à tant d’autres personnes qui viennent derrière,» a-t-elle souhaité.

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