Publié le: dim, Juin 24th, 2018

Présidentielle en Turquie : Recep Tayyip Erdogan revendique la victoire

Le président turc briguait ce dimanche un nouveau mandat de cinq ans avec cette fois des pouvoirs considérablement augmentés et face à une opposition déterminée.

Le chef de l’Etat Recep Tayyip Erdogan a revendiqué ce dimanche soir la victoire à l’élection présidentielle en Turquie.

« Les résultats non officiels des élections sont clairs. Selon eux, notre nation m’a confié la responsabilité de président de la République », a déclaré Recep Tayyip Erdogan lors d’une allocution à Istanbul. Le président sortant, qui s’exprimait à Istanbul, a également revendiqué la majorité parlementaire pour l’alliance dominée par son parti, l’AKP.

Les Turcs ont voté dimanche lors d’élections présidentielle et législatives simultanées et considérées comme les plus disputées depuis que Recep Tayyip Erdogan est arrivé au pouvoir, en 2003, sur fond notamment de difficultés économiques.

D’après l’agence de presse étatique Anadolu, Erdogan arrivait en tête de la présidentielle avec un score de 52,6 % après dépouillement de près de 97 % des urnes, et l’alliance de l’AKP menait avec 53,65%. Sauf évolution majeure du score en leur défaveur lors du dépouillement des 5 % des urnes restantes, Recep Tayyip Erdogan semble en effet en passe d’obtenir un nouveau mandat aux pouvoirs renforcés et pouvoir compter sur une majorité au Parlement.

«Une leçon de démocratie au monde entier»

Erdogan avait besoin de recueillir plus de 50 % des voix pour éviter un second tour. Il devance son principal concurrent, le social-démocrate Muharrem Ince, qui récolte 30,7 % voix après ce décompte. Le parti de Muharrem Ince, le CHP, a de son côté affirmé que son propre décompte des résultats partiels indique qu’un second tour pour la présidentielle est inévitable.

« La Turquie, avec un taux de participation de près de 90 %, a donné une leçon de démocratie au monde entier », a affirmé Erdogan.

Derrière Erdogan et Ince figurent la candidate nationaliste Meral Aksener (7,6 %), le candidat prokurde emprisonné Selahattin Demirtas (8 %), ainsi que deux autres petits candidats.

L’alliance anti-Erdogan formée par plusieurs partis d’opposition pour le volet législatif du scrutin récolte près de 34 % après comptage de plus de la moitié des votes, d’après les résultats partiels publiés par Anadolu.

Réactions en Turquie et en France

Sans attendre la déclaration de Recep Tayyip Erdogan, des milliers de ses partisans se sont rassemblés devant sa résidence à Istanbul et devant les sièges de son parti dans la ville ainsi que dans la capitale Ankara pour célébrer la victoire après la publication des premiers résultats.

En France également, à Strasbourg, où vit une importante communauté turque, près de 200 personnes se sont rassemblées devant le consulat de Turquie selon les Dernières Nouvelles d’Alsace.

Régime hyper-présidentiel

Les craintes de fraudes ont été vives pendant le vote, notamment dans le sud-est à majorité kurde. Les opposants, qui avaient mobilisé une armée d’observateurs, ont dénoncé des irrégularités, notamment dans la province de Sanliurfa.

Ce double scrutin présidentiel et législatif marque le passage du système parlementaire en vigueur à un régime hyper-présidentiel voulu par le président sortant, mais décrié par ses opposants. Depuis le référendum parlementaire qui s’est tenu l’an dernier, le chef de l’Etat concentre la totalité du pouvoir exécutif. Ainsi la fonction de premier ministre a été supprimée et le président peut gouverner par décrets.

Dérive autocratique

En 15 ans de règne, Erdogan s’est imposé comme le dirigeant turc le plus puissant depuis le fondateur de la République, Mustafa Kemal. Il a transformé la Turquie à coups de méga-projets d’infrastructures et en libérant l’expression religieuse, et fait d’Ankara un acteur diplomatique clé.

Mais ses détracteurs accusent le « Reis », âgé de 64 ans, de dérive autocratique, en particulier depuis la tentative de putsch de juillet 2016, suivie de purges massives qui ont touché des opposants et des journalistes et suscité l’inquiétude de l’Europe.

La campagne présidentielle a également été marquée par une couverture médiatique très inéquitable en faveur du président turc, dont chaque discours a été retransmis in extenso par les télévisions. En outre, Erdogan a cherché à mettre toutes les chances de son côté en convoquant ces élections pendant l’état d’urgence et plus d’un an avant la date prévue.

A Mantes-la-Jolie (Yvelines), dans le quartier du Val-Fourré des bagarres entre des membres des communautés turques et kurdes ont éclaté selon plusieurs habitants.

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