Publié le: mer, Avr 11th, 2018

Assassinat de Patricia Wilson : Jean-Louis Cayrou face aux enquêteurs

Le procès en appel de Jean-Louis Cayrou se poursuit à Montpellier. Accusé du meurtre avec préméditation de Patricia Wilson, le 17 août 2012, l’amant et jardinier de cette retraitée anglaise de l’Aveyron a fait face, mardi, aux témoignages des enquêteurs.

C’est une amie et des voisines qui ont donné l’alerte, intriguées par les volets et fenêtres grandes ouvertes de sa grange de Vabre-Tizac… Dépêchés au domicile de Patricia Wilson, le 22 août 2012, les gendarmes songent vite à un assassinat. « Il y avait beaucoup de sang dans le grenier, confie l’un d’eux devant le tribunal. Cela faisait plus penser à une scène de crime qu’à une disparition ». A partir du 17 août à 21h28 — moment où l’électricité a été coupée chez elle alors qu’elle était devant son ordinateur — plus aucun signe de vie de la retraitée anglaise n’apparait. Que s’est-il passé ce soir-là ?

Pas de trace d’effraction

L’avocat de la partie civile, qui représente le mari de la victime, émet cette hypothèse : le coupable « entre sans effraction car il connait la maison et la trappe extérieure pour y accéder. Il éteint le compteur électrique et agresse Patricia Wilson dans le grenier quand elle va pour le rallumer ». Une hypothèse « tout à fait possible », acquiesce l’officier. « Il y aurait donc eu préméditation du meurtre », note le président du tribunal.

Rapidement, les suspicions des enquêteurs se tournent vers son amant et jardinier, Jean-Louis Cayrou. Après « une rupture houleuse », l’homme se serait introduit chez la quinquagénaire quelques jours avant sa disparition pour la menacer en l’étouffant avec un oreiller : « Tu as besoin d’un homme à la maison ! », lui aurait-il proféré. Jugé en appel depuis lundi, après avoir été condamné à 30 ans de réclusion, l’accusé continue de tout nier. « Je suis innocent et souhaite faire valoir mon droit au silence » répète-t-il au tribunal. Pour sa défense, Me Szpiner évoque la piste du mari de Patricia — dont une goutte de sang a été retrouvée dans l’évier de la salle de bains — trop vite écartée. Il pourrait avoir un mobile financier pour récupérer toute la maison, avance l’avocat. Le défenseur remet aussi en cause les dires des codétenus auxquels Jean-Louis Cayrou aurait tout avoué en prison… « On leur a demandé où était le corps et fait des recherches mais ça n’a rien donné », admet le gendarme.

Où est le corps de Patricia ?

Restée introuvable, la dépouille de Patricia Wilson demeure la grande pièce manquante de l’affaire. L’avocat général le rappelle en s’adressant à l’accusé : « le 27 juin 2016, depuis la maison d’arrêt de Rodez, vous avez écrit au juge d’instruction : “Je suis prêt à dire où se trouve le corps de Patricia Wilson pour donner la possibilité à sa pauvre mère de l’enterrer“, avez-vous dit, avant de faire marche arrière (car vous vous seriez mal exprimé)… Etes-vous prêt à dire où se trouve le corps ? » Réponse de l’intéressé : « Le temps viendra, je pense, très rapidement, où vous aurez des informations complémentaires. Je vous le répète, je n’ai pas tué Patricia Wilson. »

Une certitude cependant : la victime a d’abord été laissée au grenier, puis déplacée et emportée. « Les traces de sang montrent que le corps est d’abord resté sur place, probablement allongé, puisqu’une tache de sang d’environ un mètre de diamètre a eu le temps de se former. Puis il a été traîné à l’extérieur de la maison par les escaliers », affirme un expert convoqué à la barre du tribunal. Des traces de sang de Patricia Wilson ainsi qu’une petite culotte portant son ADN ont été retrouvées dans la voiture de l’accusé. Le véhicule a par ailleurs effectué des déplacements inhabituels, sur plus de 600 km, durant les jours suivants.

Verdict vendredi

L’enquête souligne également les appels téléphoniques de Jean-Louis Cayrou à sa maîtresse : habituellement nombreux puis cessant soudainement à partir du 17 août… Les arguments de la défense sont attendus. Maitres Szpiner et Levy ont jusqu’à vendredi pour cela.

« Un procès atypique » pour la partie civile

A l’ouverture de la troisième journée du procès en appel de Jean-Louis Cayrou, accusé du meurtre de Patricia Wilson en août 2102, l’avocate de la partie civile Maryse Péchevis est assez désappointée.

D’abord par l’attitude de l’accusé: « Il a choisi le mutisme, alors que lorsqu’on est en appel, il faut s’exprimer, crier son innocence… » Mais aussi par le manque d’émotion ayant traversé les deux premières journées d’audience : « Mon client Donald Marcus a été contraint, en raison de son état de santé, de rester en Angleterre, la mère de Patricia n’est pas venue, ainsi que d’autres de ses amis britanniques qui ont quitté l’Aveyron pour repartir vivre chez eux », poursuit l’avocate. « Nous sommes dans un procès vraiment atypique sans le corps de la victime, avec un accusé ayant fait appel qui refuse de s’exprimer… »

 

Ce mercredi, les frissons ne devraient pas, non plus, traverser la salle du tribunal de Montpellier car on sera encore dans un volet très technique avec l’intervention d’un expert qui évoquera les griffures trouvées sur le corps de Jean-Louis Cayrou après la disparition de Patricia Wilson. Il sera aussi question de l’ADN de la disparue et de l’accusé. Les clients anglais du Ségala Aveyronnais du jardinier défileront aussi à la barre afin d’essayer de reconstituer l’emploi du temps de ce dernier dans les jours qui ont précédé.

Peut-être lors de la journée de ce jeudi avec la venue à la barre des témoins de la tante de Patricia Wilson, l’émotion commencera-t-elle à pointer son nez

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