Publié le: mer, Mar 28th, 2018

Sevran : usé par le «mépris de l’Etat», le maire démissionne

Stéphane Gatignon n’est plus le maire de Sevran, en Seine-Saint-Denis. L’édile écologiste (UDE) a démissionné de ses fonctions mardi, lors du conseil municipal, dénonçant « le mépris de l’Etat pour les banlieues ».

« Je suis usé par la fonction et par les blocages qui viennent d’en haut », a-t-il expliqué. « Ca fait 17 ans que je suis maire. Il faut de la niaque, se battre. J’avais dit que quand je n’aurais plus de jus, j’arrêterais. Voilà, c’est le moment », a ajouté l’élu, qui portait l’écharpe tricolore depuis 2001.

30 à 35% de personnes vivant sous le seuil de pauvreté

Cette démission intervient quelques semaines seulement avant la publication du « rapport Borloo » pour les quartiers, commandé par le gouvernement, et qualifié de « plan de la dernière chance » par Stéphane Gatignon. « Il y a de plus en plus une vision de la banlieue qui est lointaine de la part des gouvernants », a déploré l’édile, fustigeant le « mépris » de l’Etat. Dans les quartiers, « on est à 30-35 % de gens qui vivent en-dessous du seuil de pauvreté », a-t-il souligné, « pourtant les gens se battent, ça bosse, c’est la démerde, mais ça peut pas continuer comme ça. Il faut avancer ». « Ce qui se passe en banlieue, ce monde parallèle, il arrange beaucoup de gens, a-t-il ajouté, ça ne peut pas durer ».

A la suite de cette démission, le hastag #nous sommestousGatignon est apparu sur les réseaux sociaux, tweeté par Philippe Rio, maire PCF de Grigny, dans l’Essonne, et Catherine Arenou, maire LR de Chanteloup-les-Vignes, dans les Yvelines. « Nous, maires de banlieue, connaissons la violence, la misère et la relégation. Nous savons lutter contre. Cependant, nous ne tolérons pas le mépris du Gouvernement #noussommestousGatignon », a écrit cette dernière.

Des coups d’éclats retentissants

Les mandats de Stéphane Gatignon ont été marqués par quelques coups d’éclats retentissants. En 2011, après une série d’homicides sur fond de trafic de drogue, il avait notamment demandé l’intervention de l’armée pour rétablir la sécurité dans sa ville. L’année suivante, il avait fait grève de la faim devant l’Assemblée nationale pour obtenir des aides de l’Etat pour les villes pauvres.

Membre du Parti communiste, il a ensuite rejoint Europe Ecologie, parti qu’il a quitté en 2015 pour rallier le mouvements Ecologistes!. Lors de la présidentielle de 2017, il a soutenu Emmanuel Macron, dont il espérait qu’il « casse les murs ». « On sent que le gouvernement ne sait pas trop quoi faire, qu’il y a une incompréhension avec le terrain, on attend des choses d’ouverture, qu’il casse les murs, ce qu’on attendait un peu avec Macron, une ouverture », a-t-il déploré sur France Inter. Finalement, « Le nouveau monde de Macron, c’est le post-politique, des ministres sans expérience », a estimé l’ex-élu dans Le Monde.

En marche ! n’est qu’une écurie pour la prochaine présidentielle

Stéphane Gatignon égratigne également le fonctionnement de La République en marche, qui lui fait penser à Russie unie. « Les responsables sont nommés pour trois ans. En banlieue, les permanences des nouveaux élus sont vides. En marche ! n’est qu’une écurie pour la prochaine présidentielle », dénonce-t-il encore.

Il voit dans la politique de la ville du gouvernement des signes « pas encourageants » pour la suite. « Coupes dans le budget de la politique de la ville en 2017, gel des emplois aidés, et maintenant, ce conseil présidentiel des villes, censé rassembler des gens issus des banlieues, il n’est composé que d’anciennes figures ou de personnes (…) Bref, beaucoup d’affichage et de com’, et peu d’action ».

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