Publié le: ven, Mar 23rd, 2018

Dopage : sang trouble dans le ski de fond français

Au cours de la décennie 2000, une majorité des fondeurs français présentait des profils sanguins laissant supposer des pratiques dopantes.

Avant de s’imposer dans cette décennie comme l’une des cinq meilleures nations mondiales en ski de fond, la France n’existait pas. Au siècle précédent, ni victoire en Coupe du monde ni médaille olympique, deux podiums seulement aux championnats du monde. En 2018, deux médailles aux Jeux (JO) de Pyeongchang.

Entre les deux, il y eut la décennie 2000, durant laquelle les Français ont découvert les podiums puis les victoires. Une véritable explosion. Comment ? On a vanté le travail d’un entraîneur charismatique, l’Italien Roberto Gal, les progrès techniques ou ceux de la lutte antidopage, après une décennie 1990 marquée par l’émergence de l’EPO.

Avant les derniers JO, un article du Sunday Times a semé le doute. Le journal britannique, s’appuyant sur la base de données des échantillons sanguins recueillis par la Fédération internationale de ski (FIS) entre 2001 et 2010, estime que 29 % des spécialistes français de ski de fond et de combiné nordique présentaient des valeurs sanguines douteuses.

Un chiffre énorme, qui plaçait la France en deuxième position du peloton des nations suspectes, derrière la Russie, aux pratiques désormais connues. Trop gros pour être vrai ? Le Monde s’est procuré cette base de données, initialement envoyée à la télévision allemande ARD et authentifiée par elle. Verdict : c’est pire.

Nous avons isolé les treize athlètes, hommes et femmes, présentant le plus grand nombre d’échantillons – huit au minimum –, afin que l’expertise soit la plus fiable possible. Le docteur James Stray-Gundersen, pionnier de la lutte antidopage, a analysé l’évolution de leurs valeurs (anonymisées), comme le font aujourd’hui les experts du passeport biologique, outil utilisé pour cibler les sportifs suspects de manipulations sanguines.

« Une enquête devrait être menée »Selon lui, neuf des treize Français présentent un profil « suspect ». Soit 69 % de cas problématiques.

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