Publié le: ven, Mar 23rd, 2018

Paul Quilès : Il faut « revenir aux faits pour mieux comprendre le génocide au Rwanda »

L’ancien président de la mission parlementaire sur le Rwanda, Paul Quilès, explique que si les questions majeures encore sans réponse n’impliquent pas la France, les documents qui restent à étudier doivent cependant être accessibles aux chercheurs.

Tribune. Le génocide perpétré au Rwanda entre avril et juillet 1994 fait partie des grandes tragédies du XXe siècle. De 500 000 à un million de personnes y ont été assassinées dans les conditions les plus barbares en raison de leur naissance. Depuis, les témoignages, les récits, les analyses divergentes, les polémiques se sont multipliés, comme l’illustrent les récents articles du Monde. Mais très peu ont entrepris une analyse objective des enchaînements qui ont conduit à une telle tragédie.
C’est pour cette raison que j’ai pris l’initiative en 1998, en tant que président de la commission de la défense de l’Assemblée nationale, de demander la création d’une mission parlementaire d’information. L’objectif était de « faire la lumière sur le rôle qu’ont pu jouer les différents pays qui sont intervenus, ainsi que l’ONU, dans la crise rwandaise entre 1990 et 1994 ». Notre mission a enquêté pendant neuf mois et a rendu un rapport de 1 500 pages.
Pendant cent dix heures, les députés ont auditionné quatre-vingt-huit personnes, des responsables politiques, des militaires, des diplomates, des universitaires, des civils français et rwandais. Ces auditions ont été exceptionnelles, tant par leur nombre que par leur sérieux. La plupart ont été publiques, ouvertes à la presse écrite et audiovisuelle.
Les rapporteurs se sont rendus à Bruxelles, à Washington, au siège des Nations unies à New York, ainsi qu’au Rwanda, en Ouganda, au Burundi, et en Tanzanie. Les témoignages des soixante-quatorze personnes qu’ils ont rencontrées ont été rigoureusement examinés. La mission a analysé 15 000 pages de textes, de télégrammes diplomatiques et de documents militaires ; pour 7 000 pages, la classification « secret défense » a été levée.
LacunesD’autres documents restent sans doute encore à étudier, et il serait souhaitable que les chercheurs puissent y avoir accès. Mais les documents consultés par la mission donnent…

 

 

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