Publié le: ven, Mar 23rd, 2018

Surdosage, mauvaises associations : les médicaments causent 10.000 décès par an en France

Sauver des vies ou soulager des maux au quotidien, l’utilité des médicaments est difficile à remettre en question. Mais il s’agit de bien les utiliser pour éviter les effets indésirables qui peuvent être dangereux. « Mauvais dosage, mauvaise prise, non-respect du traitement prescrit, interaction entre plusieurs médicaments… Les causes d’un accident lié à un médicament sont diverses et les conséquences loin d’être anodines », prévient le Collectif Bon usage du médicament.

10.000 morts et 130.000 hospitalisations

En s’appuyant sur les chiffres d’un rapport remis au ministère de la Santé en 2013, le collectif souligne que plus de 10.000 morts sont liées chaque année au mauvais usage des médicaments. C’est trois fois plus que dans les accidents de la route. Outre les décès, les accidents médicamenteux provoquent 130.000 hospitalisations par an. Or, « dans 45 à 70 % des cas », ces accidents pourraient être évités. Le phénomène est d’autant plus visible chez les personnes âgées qui souffrent de plusieurs pathologies traitées avec plusieurs médicaments. Le collectif précise que les personnes entre 75 et 84 ans consomment en moyenne 4 médicaments différents par jour. C’est beaucoup, mais surtout il y a plus de chance que les médicaments interagissent et provoquent de graves effets indésirables.

Une baisse de la consommation

Cependant, le Collectif Bon usage du médicament, réunit en colloque hier en présence de la ministre de la Santé Agnès Buzyn, s’est félicité de la baisse de la consommation de médicament ces dernières années. Entre 2014 et 2016, les personnes de 65 ans et plus ont consommé en moyenne deux boîtes de médicaments en moins par semestre. L’enjeu de cette diminution est aussi financier. « L’essentiel des économies potentielles, chiffrables en centaines de millions d’euros, provient de la diminution du nombre d’hospitalisations, » précise le collectif. Mais ce n’est pas la seule source d’économies pour l’Assurance maladie. Entre 2014 et 2015, « 185 millions d’euros ont été économisés » grâce à la baisse du nombre de médicaments consommés. À l’occasion de ce colloque sur le bon usage du médicament, le collectif a présenté 10 recommandations à la ministre de la Santé. « Il n’y a aucune solution miracle. Mais il y a un enjeu de surveillance plus générale », a indiqué Agnès Buzyn, en soulignant l’importance de la « prise en compte de tous les acteurs de la chaîne », médecins, pharmaciens, éditeurs de logiciels médicaux et patients.

Les pharmaciens montrés du doigt

Les pharmaciens, justement sont au cœur d’une étude de l’UFC-Que Choisir publiée hier. L’association met en garde contre les mauvais conseils donnés lors de l’achat de médicaments en libre accès. Des membres de l’UFC se sont rendus dans des pharmacies pour y acheter à la fois du paracétamol 1,000 g et de l’Actifed rhume qui contient aussi du paracétamol. Alors que la dose maximale en automédication est de 3 grammes de paracétamol par jour, 54 % des pharmacies ont conseillé une dose supérieure, affirme l’étude. Parmi les recommandations du Collectif Bon usage du médicament, on trouve la création d’un observatoire ainsi qu’une meilleure formation de tous les personnels de santé au bon usage du médicament. Le dossier est à présent dans les mains du ministère.

 

Dr Haleh Bagheri : « Les personnes âgées consomment trop de médicaments »

Le Dr Haleh Bagheri est pharmacologue au CHU de Toulouse et membre du Centre régional de pharmacovigilance et d’information sur les médicaments.

Le Collectif Bon usage du médicament avance les chiffres de 10 000 morts par an et de 130 000 hospitalisations liées au mauvais usage des médicaments. Comment peut-on expliquer ce phénomène ?

Je pense qu’il ne s’agit pas seulement du mauvais usage des médicaments, il y a aussi des effets indésirables qui peuvent survenir même lorsqu’on utilise correctement un médicament. Mais ce qui est bien connu depuis longtemps, c’est que les personnes âgées prennent trop de médicaments. Plus vous êtes âgés, plus vous avez de pathologies, plus vous prenez de médicaments, plus vous risquez d’avoir des effets indésirables.

Comment se manifeste le mésusage de médicament?

Ce n’est pas forcément une overdose médicamenteuse. Cela peut être un médicament pris sans en avoir besoin, même à une dose correcte. Le patient peut avoir des facteurs de risque, comme des reins qui fonctionnent mal et donc éliminent moins bien le médicament, ou il peut prendre deux médicaments entre lesquels il y a des interactions. Chez les sujets on peut prescrire un médicament à un moment donné, mais par la suite, on ne réévalue pas les prescriptions. Donc les médicaments se surajoutent.

Quels sont les symptômes d’une mauvaise prise de médicament ?

Il n’y a pas de symptômes précis. Tout dépend du type de médicament, de la pathologie, du sujet, de beaucoup de facteurs. Il peut y avoir des vertiges, des vomissements, ou d’autres  signes. Il n’y a pas un symptôme qui vous oriente vers un problème d’origine médicamenteuse.

En parallèle, UFC-Que Choisir alerte sur les surdosages de paracétamol et le manque de mise en garde des pharmaciens à ce sujet. Comment expliquer cette situation ?

Le problème vient essentiellement de ce qu’on appelle les gammes ombrelles, comme les médicaments Actifed ou Humex rhume, toux, allergie, etc. En cas d’allergie, vous prenez du paracétamol et un médicament de ces gammes contre les allergies ou autres qui contient aussi du paracétamol. Donc cela peut entraîner un dépassement de la dose.

Y a-t-il un manque d’information autour de ce type de médicament ?

Ces médicaments dits ombrelles devraient être au moins sur prescription mais cela n’a pas été fait. A partir du moment où ces médicaments sont en vente libre, les contrôles sont difficiles à faire pour les pharmaciens.

Quelles sont les solutions pour réduire les risques liés au mésusage des médicaments ?

Il faut accepter par exemple d’avoir un peu de cholestérol à un certain âge. On ne peut pas  tout traiter. C’est une question de bon sens. Il faut prescrire ce qui est indispensable et utile et réduire le nombre de médicaments essentiellement chez les sujets âgés. Il y a aussi du ménage à faire dans d’autres domaines. Par exemple, les vasoconstricteurs, qui servent à déboucher le nez ne sont pas vraiment utiles, et parfois, ils entraînent des risques. Or, il existe des alternatives, comme l’eau salée. Une information pertinente et indépendante sur le médicament pourra favoriser leur bon usage.

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