Publié le: lun, Mar 5th, 2018

Mondial-2018: le difficile combat de la Russie contre les paris illégaux

C’est un commerce florissant mais souvent à la frontière de la légalité: les paris en ligne, dont les revenus se chiffrent en milliards de dollars, explosent en Russie à l’approche du Mondial-2018.

Personne ne s’attend réellement à ce que les paris sur internet aient une influence sur le déroulement de la Coupe du Monde vu les enjeux.

Mais ils posent un sérieux problème à la Russie, où les matches truqués ont pendant longtemps fait partie du paysage. Et où les autorités ont encore du mal à réguler cette « zone grise » économique, alors que 70% du marché des paris en ligne provient toujours de sites illégaux.

. ‘Intérêt colossal’

« Nous nous attendons à un intérêt colossal pour la Coupe du monde », explique Aliona Cheïanova, la porte-parole d’une entreprise légale de paris en ligne, Leon, se félicitant d’un développement « à un niveau phénoménal ».

Jeux d’argent et paris ont explosé en Russie après la chute de l’Union soviétique, qui a vu l’ouverture aux quatre coins du pays de salles de jeu, allant des casinos les plus clinquants aux salles de machines à sous les plus miteuses.

En 2009, le gouvernement tenta de remettre de l’ordre dans le système en interdisant les casinos, tout en autorisant les bookmakers à ouvrir des salles de paris qui gravitèrent immédiatement autour du football.

Mais depuis, les parieurs se sont déplacés sur internet et une multitude de sites profitent du vide juridique pour prospérer.

« L’institut de notation des bookmakers », une organisation indépendante qui analyse le marché, estimait en mai 2017, que le secteur des paris en ligne générait un chiffre d’affaires de 11,8 milliards de dollars, avec plus des deux tiers venant des sites illégaux.

. Partie visible de l’Iceberg

Pour tenter de couper l’herbe sous le pied aux sites illégaux, le gouvernement a créé une plateforme légale, Tsoupis.

« Le volume total du marché des paris légaux en ligne est de plus de deux milliards de dollars (1,6 milliard d’euros) par an », explique  son directeur Anton Rojkovski. Mais selon lui, « 70% du marché est illégal et offshore ».

Tsoupis a enregistré son premier pari en ligne en février 2016 et propose aujourd’hui les services de 15 bookmakers autorisés. Si l’un d’entre eux est une entreprise australienne ayant reçu une licence l’an passé, les bookmakers irlandais ou britanniques sont étrangement absents du marché russe et les 14 autres sont des entreprises russes.

Des clients se livrent à des paris dans une salle des jeux en ligne du bookmaker russe Winline, le 1er amrs 2018 à Moscou

Les parieurs choisissant la voie légale doivent payer une taxe et attendre que leur identité soit contrôlée, un processus qui peut durer plusieurs semaines et incite les utilisateurs à passer par les sites illégaux.

« La plupart sont des petites entreprises offshore enregistrées aux Antilles néerlandaises, au Costa Rica ou dans des juridictions européennes comme Malte ou Gibraltar », explique Anton Rojkovski.

Les spécialistes craignent que « l’argent gris » placé sur ces comptes offshore n’incite aux matches truqués, qui ont été une constante du football russe des années 1990 avant de se marginaliser. Le plus souvent, ces tromperies étaient le fait de petites équipes contrôlées par les autorités régionales ou des hommes d’affaires locaux.

. ‘Parieurs respectés’

Ancien gardien de but de 77 ans qui participa aux Coupes du monde 1966 et 1970, Anzor Kavazachvili a essayé, à la tête d’un comité indépendant adossé à la Fédération russe de football (RFR), de combattre les matches truqués dans le football russe.

C’était en 2011 et « Michel Platini (alors président de l’UEFA, ndlr) nous a dit que nous étions le seul pays d’Europe sans agence en charge de la lutte contre les matches truqués », explique-t-il à l’AFP.

Ces tentatives furent éphémères. Un scandale autour d’une décision arbitrale provoqua dès 2012 le démantèlement de son comité indépendant.

Avec sarcasme, l’ancien gardien note que « nos respectés bookmakers » y ont contribué, répandant des rumeurs en vue de faire annuler des matches non truqués où ils auraient perdu de fortes sommes.

Si la situation en première division russe a changé, à mesure que le football devenait un vrai business dans lequel les « nouveaux propriétaires ne voyaient aucun intérêt à arranger les matches », selon les mots du journaliste sportif de la radio indépendante Ekho Moskvy Anton Orekh, les matches truqués n’ont pas totalement disparu.

Ainsi, les divisions inférieures passent encore sous le radar, alors qu’elles reçoivent un cinquième de tous les paris. Une somme non négligeable.

AFP

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