Publié le: jeu, Mar 1st, 2018

Les fermes urbaines à la conquête de Paris

Ferme maraîchère, culture du houblon, potager à aromates… à Paris, l’agriculture urbaine est en plein boom. Présents au Salon de l’agriculture, les acteurs du secteur tentent de développer des solutions adaptées à la ville pour rapprocher les citadins de la nature.  

Les « urbainculteurs » à la manoeuvre

Le secteur de l’agriculture urbaine est en pleine effervescence. Comme les cultures en pleine terre ne sont pas toujours possibles en ville, des start-up imaginent d’autres façons de cultiver en utilisant la technologie. L’idée à chaque fois est d’être le plus propre possible en termes d’émissions de CO2, de consommation d’eau, le tout sans pesticides.

Serres connectées ou cultures hors sol en circuit d’eau fermé sont ainsi adaptées à une installation en territoire urbain, sur des toits, des terrasses ou même des murs. A la manoeuvre, ces « urbainculteurs » sont dorénavant observés avec sérieux par les agriculteurs traditionnels.

« Ils ne sont pas dans une situation facile, souligne Mickaël Ganecki, cofondateur de la start-up Myfood, qui développe notamment des serres solaires. Ils sont adossés à une industrie et on a tout intérêt à leur tendre la main. Il y a de l’interaction et même des grands groupes maraîchers qui commencent à s’inspirer de nos techniques. »

« Réapprendre à manger en favorisant les circuits courts »

Désormais, l’agriculture urbaine ne se cantonne plus au petit potager installé dans le coin de pelouse d’un immeuble et regagne du terrain. A Paris, la plus grande ferme maraîchère verra bientôt le jour porte de la Chapelle, sur 7.000 m2 de toit. Cultivate, qui a remporté l’appel à projets lancé par la mairie de Paris souhaite y produire 50.000 tonnes de légumes, fruits et aromates qui seront vendu localement dans des supermarchés Franprix.

La municipalité a depuis quatre ans lancé l’opération « Parisculteurs », deux vagues d’appel à projets cherchant à valoriser des espaces urbains à travers l’agriculture.

« L’agriculture urbaine s’inscrit dans un objectif global du développement de la nature en ville, qui n’est plus cantonnée aux parcs et jardins, explique Pénélope Komitès, maire-adjointe en charge des espaces verts et de la nature en ville. Il y a un enjeu climatique, car ces dispositifs permettent notamment de lutter contre les îlots de chaleur urbains mais c’est aussi un vivier d’emploi de proximité et une manière de réapprendre à manger en favorisant les circuits courts. »

« L’autosuffisance est totalement irréaliste »

Parmi les projets qui ont déjà vu le jour, un ancien parking désaffecté a par exemple été transformé en champignonnière dans le 18e arrondissement. Dans le Parc de Bercy, ce sont des fraises qui sont cultivées en hydroponie dans des containers. Sur le toit de l’Opéra Bastille, une houblonnière doit aussi voir le jour prochainement.

« Bien sûr, arriver à l’autosuffisance est totalement irréaliste, il faudrait une fois et demi la surface de Paris, poursuit Pénélope Komitès. Mais il y a quatre ans nous en étions aux balbutiements et aujourd’hui Paris n’a pas à rougir face à d’autres grandes villes. »

Paris observe malgré tout ses voisins européens et notamment Berlin où une ferme aquaponique permet de produire chaque année plusieurs tonnes de poissons et de légumes. « C’est un modèle », reconnaît Pénélope Komitès qui espère voir un jour les Parisiens en mesure de se procurer des paniers de fruits et légumes 100% produits dans la capitale. D’ici là, Paris s’est fixé pour objectif d’atteindre une trentaine d’hectares consacrés à l’agriculture urbaine, à l’horizon 2020.

La tribune

A propos de l'Auteur

-