Publié le: mer, Fév 14th, 2018

Comptes de campagne : les perles des candidats

Coach vocal, primes indues, valeur locative surestimée… La Commission des comptes de campagne a corrigé ceux des candidats à l’Élysée.

François Fillon ne sera pas remboursé de l’intégralité des dépenses engagées pour sa campagne présidentielle. La Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques (CNCCFP) a jugé que la somme de 10 millions d’euros reçue pour la primaire de la droite ne pouvait être intégrée dans le compte du candidat à la présidentielle. L’État ne lui remboursera donc « que » 2 067 625 euros, alors que Fillon (et Les Républicains) aurait pu prétendre à près de 10 millions. Cette correction, certes majeure, n’est pas la seule effectuée par les enquêteurs tatillons de la commission chargée de valider les comptes des candidats, condition nécessaire au remboursement par l’État. En fouillant dans les pages touffues du Journal officiel publié mardi, on découvre une multitude d’ajouts et de retraits de sommes dépensées ou perçues à tort par le mandataire financier de chaque candidat. En voici un florilège dressé à partir des comptes des cinq principaux concurrents à l’Élysée en 2017.

Emmanuel Macron

Recettes selon le candidat : 16 821 910 euros

Recettes selon la CNCCFP : 16 702 371 euros

Solde en défaveur du candidat : – 119 539 euros, soit 0,7 %

Dépenses selon le candidat : 16 698 320 euros

Dépenses selon la CNCCFP : 16 578 781 euros

Solde en faveur du candidat : + 119 539 euros, soit 0,7 %

Il n’y a pas d’erreurs majeures dans les comptes de campagne du futur président. La commission remarque toutefois que les fans de Macron sont parfois un peu taquins. Une vingtaine d’entre eux ont assuré donner au candidat (4 600 euros par personne au maximum) à partir d’un compte joint, ce qui signifie que les donateurs sont deux, alors que le compte n’appartient qu’à un seul donateur… Mais, note la commission, ces sommes ne représentent qu’un faible pourcentage des recettes de la campagne ; elles n’entraînent donc pas le rejet des comptes d’Emmanuel Macron.

À l’inverse, plusieurs dépenses, parfois importantes, ont été exclues des comptes. Elles n’entrent pas dans le cadre de la campagne, juge la commission. C’est le cas des frais payés pour une commande de vidéos non réalisées, des frais de retouches photographiques, de sondages de notoriété et d’intention de vote commandés par le parti En marche !. Ces dépenses injustifiées se montent à près de 60 000 euros. De même, des dépenses à caractère personnel ont été retranchées, dont 11 656 euros pour des frais de sécurité d’Emmanuel Macron et des honoraires de… coaching vocal.

Marine Le Pen

Recettes selon la candidate : 12 537 614 euros

Recettes selon la CNCCFP : 11 664 038 euros

Solde en défaveur de la candidate : – 873 576 euros, soit 7 %

Dépenses selon la candidate : 12 416 567 euros

Dépenses selon la CNCCFP : 11 542 991 euros

Solde en faveur de la candidate : + 873 576 euros, soit 7 %

Au FN, le banquet républicain est une tradition. Mais, lorsque ces agapes ont lieu durant une campagne, la commission juge que les dépenses afférentes doivent être considérées comme électorales. Les frais d’organisation du banquet du 1er mai 2016, qui a eu lieu moins d’un an avant la présidentielle, ainsi que ceux d’autres réunions ultérieures ont donc été réintégrés dans les comptes de Marine Le Pen (14 735 euros tout de même pour le banquet du 1er mai). On note d’autres curiosités, comme une « évaluation inexacte d’indemnités kilométriques » qui entraîne l’annulation, en partie, de 975 euros de frais, l’envoi de courrier pour recruter des scrutateurs pour le jour du scrutin (1 089 euros en moins) ou encore l’achat d’objets promotionnels invendus… Le mandataire financier du FN s’est aussi trompé en faisant passer pour des frais de campagne l’hébergement de trois membres de l’équipe, alors qu’ils assistaient à une réunion interne au parti frontiste (3 465 euros). Sourcilleuse, la commission n’a pas non plus laissé passer une modeste somme de 353 euros dépensée pour héberger des accompagnateurs de la candidate…

Elle défalque aussi 17 902 euros qui correspondent à la facturation par le FN d’une partie de son siège à l’équipe de campagne de Marine Le Pen, puisque cette somme aurait été de toute façon payée par le parti « en dehors de toute circonstance électorale ». Bref, la CNCCFP ne tolère pas cette sorte de sous-location, qui rapporte de l’argent au FN, pas plus qu’elle n’accepte la « refacturation » de charges liées à l’utilisation du siège (matériel, véhicules…).

Sans pitié, la commission a aussi retranché du compte de campagne une partie des dépenses liées à l’achat de matériel, parce que le mandataire a inscrit la valeur d’achat, non la valeur d’utilisation. Montant de la subtilité : 28 003 euros !

François Fillon

Recettes selon le candidat : 13 784 072 euros

Recettes selon la CNCCFP : 13 794 601 euros

Solde en faveur du candidat : + 10 529 euros, soit 0,1 %

Dépenses selon le candidat : 13 784 072 euros

Dépenses selon la CNCCFP : 13 794 601 euros

Solde en défaveur du candidat : – 10 529 euros, soit 0,1 %

Une primaire, ce n’est pas une campagne. Le comptable du vainqueur de la primaire de la droite l’a peut-être oublié. Les 1 785 euros de frais de transport et de téléphone engagés avant la campagne présidentielle ont donc été retoqués. De même, la commission a retranché près de 12 000 euros de dépenses pour des conseils en communication payés après le premier tour… François Fillon souhaitait peut-être continuer à bénéficier de conseils après la tempête médiatique déclenchée par le Penelopegate ! Il ne faut pas non plus abuser avec les marges commerciales. La société qui organisait les meetings pour le candidat Fillon a un peu exagéré en appliquant une marge de 20 % sur les factures envoyées à Force républicaine, le parti filloniste. Résultat : la commission, jugeant cette marge « supérieure aux pratiques habituellement constatées », a retranché du compte 57 065 euros !

Benoît Hamon

Recettes selon le candidat : 15 219 949 euros

Recettes selon la CNCCFP : 15 154 538 euros

Solde en défaveur du candidat : – 65 411 euros, soit 0,4 %

Dépenses selon le candidat : 15 072 745 euros

Dépenses selon la CNCCFP : 15 008 634 euros

Solde en faveur du candidat : + 64 111 euros, soit 0,4 %

Un livre fait souvent partie d’un dispositif électoral. Pour l’avoir oublié, ou pour avoir fait mine de l’oublier, Benoît Hamon, le candidat PS, a dû réintégrer dans ses comptes la somme de 16 082 euros, correspondant aux coûts d’édition, de fabrication, de distribution et de commercialisation de l’ouvrage La politique est à nous, publié par le candidat en mars 2017, un mois avant le scrutin. Un peu léger, le responsable du compte de campagne a par ailleurs inscrit plusieurs dépenses qui, selon la commission, n’avaient pas lieu de l’être : enquêtes de notoriété et « l’achat de drapeaux occitans » (pour 35 480 euros tout de même !), prestation de conseil et de formation et rétribution d’un salarié pour l’archivage (sans doute des documents de campagne) après le scrutin, du 25 avril au 7 juillet. Encore une fois, quand la campagne est finie, on doit clore les comptes…

Jean-Luc Mélenchon

Recettes selon le candidat : 11 041 584 euros

Recettes selon la CNCCFP : 10 606 340 euros

Solde en défaveur du candidat : – 435 244 euros, soit 4 %

Dépenses selon le candidat : 10 676 699 euros

Dépenses selon la CNCCFP : 10 241 760 euros

Solde en faveur du candidat : 434 939 euros, soit 4 %

Les membres de la Commission des comptes de campagne et des financements politiques ne laissent rien passer. Parce qu’une collecte en faveur de Mélenchon a rapporté, difficilement, 35 euros, et non 107 euros comme inscrit dans le registre, le compte de campagne du leader de La France insoumise été amputé, sans pitié, de 70 euros ! La commission s’est aussi penchée sur l’association L’Ère du peuple, qui avait pour objectif d’aider le candidat Mélenchon durant la présidentielle. Elle s’est à l’occasion muée en gestionnaire de ressources humaines, jugeant que les primes accordées aux salariés et à l’unique stagiaire de l’association n’étaient justifiées par aucun élément. Exclues du compte de campagne, donc, les sommes correspondant aux primes (plus de 100 000 euros au total) !

Les membres de la CNCCFP sont aussi un peu agents immobiliers, puisqu’ils ont estimé que la valeur locative d’une permanence électorale était surévaluée par les camarades de Mélenchon. Ce local, situé dans le 18e arrondissement de Paris, ne se louerait pas 535 euros par mètre carré et par an, mais 350 euros. « La différence de 9 862 euros doit être retranchée du compte, en dépenses et en recettes », décide, impitoyable, la commission !

LePoint.fr

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