Publié le: lun, Jan 29th, 2018

Hausse de l’euro, déficit extérieur : la France va-t-elle décrocher ?

La Tribune publie chaque jour des extraits issus des analyses diffusées sur Xerfi Canal. Aujourd’hui, la France va-t-elle décrocher ?

En l’espace d’un an, le cours de l’euro s’est nettement apprécié par rapport au dollar. Pour remettre les choses en perspective, le point bas était en décembre 2016, avec un cours oscillant en moyenne autour de 1,05 dollar pour un euro. Depuis, le seuil des 1,20 a été franchi pour la première fois le 31 décembre 2017. Et sur les 20 premiers jours de 2018, la moyenne est de 1,21 dollar. Bref, depuis son point bas, l’euro s’est valorisé de 15% par rapport au dollar.

Les raisons sont à la fois politiques et économiques

L’allègement des incertitudes politiques en Europe, après deux années de stress terroriste et populiste, plus l’effet de sidération lié au Brexit a probablement produit un sur-ajustement à la baisse, qui tend à s’effacer avec le temps. De l’autre côté, les marchés hésitent entre amour et répulsion face à Trump.

En ce qui concerne les arguments économiques stricto sensu, le fait que la zone euro soit en train de recoller aux États-Unis en termes de croissance est généralement favorable à la revalorisation de l’euro. L’écart de conjoncture se résorbe, et cette phase du cycle booste traditionnellement la monnaie européenne.

Les écarts de taux d’intérêt de part et d’autre de l’Atlantique n’ont cessé de s’élargir en faveur des États-Unis depuis février 2013, pour atteindre un paroxysme fin 2017. Les choses tendent néanmoins à se stabiliser et un début de convergence pourrait se dessiner dans les mois à venir. Enfin, l’excédent commercial et des transactions courantes européennes, qui atteignent des niveaux record, créent un ensemble de forces convergentes qui accréditent la robustesse du mouvement et probablement son amplification.

On est loin des niveaux problématiques

Il faut bien sûr mettre les choses en perspectives. Aussi marqué soit le mouvement, il est encore loin de ramener l’euro sur ses niveaux problématiques de début 2008, ou encore des pics des précédents cycles. Et à en juger par le taux de change effectif réel, qui jauge la valeur de l’euro par rapport à l’ensemble des monnaies avec laquelle commerce la zone et la corrige de l’effet de l’inflation, le fameux alignement des astres n’est pas complétement mort. Face à l’inflexion actuelle, reste l’espoir que la politique de relance fiscale de Trump, totalement pro-cyclique, redonne un coup de fouet au dollar.

Pour l’heure, contentons nous ne regarder les choses telle qu’elles sont. A 1,20 dollar, l’industrie allemande reste dans sa zone de confort. L’euro reste en-deçà du niveau qui égalise les prix allemands et les prix américains, que l’OCDE estime à 1,28. Mais étonnemment, la France aussi, selon l’OCDE qui estime ce taux à 1,24 dollar. Plus étonnant encore compte tenu de la déflation salariale des pays du Sud, l’Italie pourrait encaisser un taux de 1,39 et l’Espagne de 1,50.

Mais la France décroche quand même

Ça, c’est pour la théorie. Car pour l’heure ce que l’on voit c’est une reprise du mouvement de décrochage des parts de marché de la France à l’exportation hors zone euro. Comme ce mouvement est encore plus marqué sur les marchés intra-européens, où la parité n’agit pas directement, on peut se dire que ce décrochage témoigne d’abord d’un défaut de spécialisation, notamment en phase de reprise portée par l’investissement. Ce que l’on peut dire a minima, c’est que la hausse de l’euro est un obstacle de plus sur le long chemin de la restauration de la compétitivité française. Cette hausse, en l’état, ne compromet pas encore sa reprise, mais la place en traine du mouvement.

Latribune

 

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