Publié le: ven, Jan 19th, 2018

L’Ukraine vote une loi sur la réintégration du Donbass

Moscou a aussitôt critiqué ce texte qualifiant d’«occupation russe» le conflit armé dans l’Est, affirmant que Kiev se préparait à une nouvelle guerre.

Le Parlement ukrainien a voté jeudi une loi sur la réintégration du Donbass. La loi, adoptée en deuxième lecture par 280 députés ukrainiens, vise à restaurer l’intégrité territoriale du pays, et désigne les territoires de Donetsk et de Louhansk, dans la région du Donbass, comme «occupés» par la Russie. Elle dénonce nommément une «agression russe».

Le ministère russe des Affaires étrangères a, en retour, publié un communiqué, mettant en cause le bien-fondé de la loi, dont l’«objectif principal» serait de «résoudre le «problème du Donbass» par la force». La loi votée prévoit notamment une présence de l’armée régulière sans recours à la loi martiale, mettant fin à l’ «opération antiterroriste», conduite par les services de sécurité ukrainiens, ce que la Russie considère comme une «démonstration de force».

Le président ukrainien Petro Porochenko voit également ses pouvoirs élargis: il lui revient de déterminer la limite des territoires occupés, ainsi que des zones de sécurité près des lieux de combats. Moscou a encore exprimé ses inquiétudes: «En l’essence, Porochenko acquiert des pouvoirs illimités, presque dictatoriaux, pour réprimer la dissidence et le mécontentement. Cela ne peut être qualifié autrement que de préparation à une nouvelle guerre.»

La première lecture du texte en octobre 2017 avait conduit à des rixes du fait des désaccords portant sur le projet de loi. Plus de six cents amendements ont été déposés, en vain. Le Bloc d’opposition, un parti prorusse, est le seul groupe parlementaire à s’être opposé à la loi, considérant qu’elle serait «nuisible à l’Ukraine et au peuple du Donbass». Sur Twitter, Petro Porochenko a affirmé qu’il s’agissait d’un «signal pour le Donbass et la Crimée», «parties intégrantes de l’Ukraine».

400 explosions depuis le 15 janvier

La crise ukrainienne n’a pas connu d’amélioration réelle depuis ses débuts. La révolution ukrainienne et le renversement du président Viktor Ianoukovitch avaient rapidement été suivis de revendications séparatistes du fait d’opposants au mouvement de Maïdan. En mars 2014, un référendum aboutissait au rattachement de la Crimée à la Russie. Un mois plus tard, éclatait une insurrection séparatiste dans plusieurs régions d’Ukraine, en particulier à l’est limitrophe de la Russie. Le conflit en Ukraine a fait plus de 10.000 morts depuis 2014.

Une mission d’observation de, l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) est déployée sur la zone de conflit depuis mars 2014. Jeudi, Aleksandr Lukashevich, représentant permanent de la Russie à l’OSCE, a accusé Kiev d’avoir violé l’armistice du nouvel an. Selon un rapport de l’OSCE, près de quatre cents explosions ont été dénombrées près de Donetsk et Louhansk depuis le 15 janvier. Il y est également précisé que les forces ukrainiennes de sécurité avaient empêché les observateurs de l’OSCE de travailler.

La loi sur la réintégration du Donbass ne comporte aucune mention des accords de Minsk, signés en 2015 avec la médiation de la Russie, de la France et de l’Allemagne, visant à une désescalade de la tension et à une démilitarisation dans la région disputée par les rebelles prorusses et les forces loyalistes. Jeudi, Anatoly Matios, le procureur militaire ukrainien a déclaré, sur la chaîne de télévision 112 Ukraïna, que certains points seraient difficiles à mettre en place, et pourraient conduire à des «cataclysmes», en particulier le contingent de maintien de la paix, qui devrait mobiliser 30.000 soldats.

L’Ukraine semble regarder outre-Atlantique: en décembre, Washington avait annoncé renforcer son soutien à Kiev en fournissant des armes létales. La porte-parole de la diplomatie américaine, Heather Nauert, avait expliqué le renforcement comme une aide visant à «bâtir sa défense sur le long terme, défendre sa souveraineté, son intégrité territoriale et se prémunir de toute agression à venir».

Figaro

A propos de l'Auteur

-