Publié le: ven, Jan 19th, 2018

Californie : les parents de la «maison de l’horreur» plaident non coupable

Les enfants du couple Turpin, battus, affamés et le plus souvent attachés, ne pouvaient se doucher au maximum qu’une fois par an et n’avaient jamais vu de dentiste.

«Ce qui a commencé comme de la négligence s’est achevé par ces maltraitances brutales». Mike Hestrin, le procureur du comté de Riverside, ville située à environ 90 km de Los Angeles, a détaillé jeudi en fin de matinée les douze chefs d’accusations visant David et Louise Turpin, notamment inculpés pour torture et séquestration de douze de leurs treize enfants pendant plusieurs années. Le plus jeune enfant, 2 ans, n’aurait pas été torturé et était bien nourri. Présenté quelques heures plus tard devant un juge, le couple a plaidé non coupable. David et Louise Turpin encourent jusqu’à 94 ans de réclusion voire la perpétuité. «Une affaire comme celle-là vous hante, a ajouté le procureur. Parfois dans notre métier, on fait face à la dépravation humaine, et c’est le cas ici.»

Dans le détail, David et Louise Turpin, âgés respectivement de 57 et 49 ans, sont visés par douze chefs d’accusation de torture, douze de séquestration, sept de maltraitance d’un adulte à charge et six de maltraitance ou négligence d’enfant. David Turpin est également poursuivi pour acte obscène sur un enfant de moins de 14 ans avec usage de la force, la menace ou la contrainte. Le procureur a précisé qu’il s’agissait de la façon dont le père avait ligoté l’une de ses filles. Toutefois, il ne semble pas y avoir eu d’abus sexuels. «Ce sont de graves maltraitances émotionnelles et physiques, (…) un comportement pervers, a estimé le procureur. C’est une enquête en cours», a expliqué le procureur, précisant que d’autres inculpations pourraient être ajoutées.

Des «déficiences cognitives»

Le couple faisait vivre ses enfants dans des conditions immondes. Il les attachait à leurs lits pendant plusieurs semaines consécutives, parfois. D’après l’état des lieux, les enfants «souvent n’étaient pas libérés de leurs chaînes pour pouvoir aller aux toilettes», a précisé le procureur. David et Louise Turpin achetaient de la nourriture pour eux-mêmes, sans en donner à leurs enfants. Ceux-ci étaient «très peu nourris et en fonction d’un planning», n’avaient pas droit à plus d’une douche par an, n’ont jamais vu de dentiste ni de médecin depuis «au moins quatre ans». Un enfant de douze ans pèse comme la moyenne d’un enfant de sept, et l’aînée de 29 ans ne fait que 37 kilos. Plusieurs souffrent de «déficiences cognitives» et de lésions nerveuses dues à la malnutrition.

Selon Mike Hestrin, ces maltraitances ont «commencé comme une punition» mais «ont empiré avec le temps» lorsque la famille habitait près de Fort Worth, au Texas, et après son arrivée en Californie, à Murietta en 2010, puis Perris en 2014. Outre les chaînes cadenassées, les punitions comportaient aussi coups et strangulations. «Si les enfants étaient vus se lavant les mains plus haut que les poignets, ils étaient accusés de jouer avec l’eau et enchaînés.» Et lorsqu’ils n’étaient pas enchaînés, ils étaient entravés dans différentes chambres et n’étaient pas autorisés à jouer, «bien que de nombreux jouets neufs encore dans leur emballage et jamais ouverts aient été trouvés». Scolarisés à domicile, certains enfants présentent des «lacunes dans les connaissances de base» et ignorent ce qu’est un policier ou des médicaments.

De l’extérieur, rien ne distinguait particulièrement la maison des Turpin, située dans des lotissements assez récents. Ni les voisins, ni les membres de la famille n’ont pu apporter de réel éclairage sur les motivations et les agissements du couple.

Figaro

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