Publié le: mar, Déc 12th, 2017

Le mouvement #BalanceTonPorc va-t-il peser sur le procès pour «viols» de Georges Tron?

  • Le procès pour viols de Georges Tron s’ouvre ce mardi.
  • Il se tient deux mois après la révélation de l’affaire dite « Weinstein ».
  • Ses avocats mettent en doute la parole des deux plaignantes.
  • L’ancien secrétaire d’État encourt 20 ans de réclusion criminelle.

Plus un frémissement qu’un déferlement médiatique. Depuis quelques jours, le nom de Georges Tron a fait son apparition sur une dizaine de tweets, accompagnés des mots-dièse #BalanceTonPorc et #MeToo. Deux mois après la révélation de l’affaire dite « Weinstein », l’ancien secrétaire d’État à la Fonction publique va être jugé, à partir de ce mardi, pour « viols » par la cour d’assises de Seine-Saint-Denis, à Bobigny.

Avec plus de soixante témoins appelés à la barre jusqu’au 22 décembre, les journées d’audiences s’annoncent d’ores et déjà très chargées. Mais difficile d’imaginer que les débats ne s’attarderont pas, au moins un peu, sur le mouvement de libération de la parole des femmes victimes de violences sexistes et sexuelles enclenché depuis octobre. « Ce procès n’a pourtant rien à voir avec #BalanceTonPorc, estime Alexandre-M. Braun, l’avocat d’une des deux plaignantes qui accusent Georges Tron de viols. Les faits dénoncés datent de 2006 à 2010. Et les plaintes ont été déposées en 2011… »

« Ce procès va être une catastrophe pour les femmes »

Eva. L. et Virginie. E. ont, en effet, saisi la justice six ans avant la déferlante #BalanceTonPorc. Mais quelques jours seulement après l’arrestation, le 14 mai 2011, de Dominique Strauss-Kahn dans l’affaire dite du « Sofitel » de New-York (États-Unis). Ce que ne manque pas de rappeler Antoine Vey, l’un des avocats de Georges Tron.

« Le contexte dans lequel les plaintes ont été déposées a évidemment de l’importance, lâche-t-il. Tout comme celui dans lequel ce procès va se dérouler. Je pense que cela va être une catastrophe pour les femmes ! » Avec comme objectif de faire acquitter celui qui est toujours maire (LR) de Draveil (Essonne), ses avocats entendent démontrer que les témoignages des plaignantes ne sont rien d’autre que des « mensonges »

Autrement dit : « Il ne suffit pas que quelqu’un se déclare victime pour que cette expression devienne parole d’évangile », résume Georges Tron, lui-même, dans une interview au Journal du dimanche.

Une plaignante décrite comme « séductrice », l’autre comme « alcoolique »

Anciennes employées municipales, Eva. L. et Virginie. E. ont, toutes les deux, décrit aux enquêteurs le même « rituel » précédant chaque passage à l’acte dans le bureau du maire. Selon leur récit, Georges Tron rangeait précautionneusement ses affaires, fermait la porte capitonnée à clef et prodiguait un massage des pieds qui déviait immanquablement vers la poitrine et le ventre avant de s’achever par des pénétrations digitales auxquelles prenait part Brigitte Gruel, l’une de ses adjointes.

Dans ce genre de dossier où seule demeure la parole des unes face à celle de l’autre, les avocats de Georges Tron comptent s’attaquer, à l’audience, au profil des deux plaignantes pour mieux décrédibiliser leurs propos. En insistant sur le fait que l’une est décrite par certains témoins comme une « séductrice » ayant voulu profiter de la situation, l’autre comme une « alcoolique » en perdition.

« Oui, elles n’ont pas un profil lisse, admet Marilyn Baldeck, déléguée générale de l’Association contre les violences faites aux femmes au travail (AVFT), partie civile lors de ce procès. Mais on peut aussi considérer que Georges Tron les a justement choisies et agressées parce qu’elles avaient ce profil-là ! Qu’il les a choisies car il savait qu’il pourrait dénigrer leurs propos en cas de plainte ! »

La cour d’assises de Seine-Saint-Denis va avoir quinze jours pour trancher. Georges Tron et son ancienne adjointe Brigitte Gruel sont présumés innocents. Ils encourent une peine de vingt ans de réclusion criminelle. Le verdict doit être rendu le vendredi 22 décembre.

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