Publié le: mar, Nov 14th, 2017

Perquisitions chez Lafarge : quatre questions sur les activités du cimentier en Syrie

Une enquête a été ouverte pour « financement d’entreprise terroriste » et « mise en danger de la vie d’autrui ».

Des perquisitions ont été menées ce mardi au siège de Lafarge à Paris et dans une filiale en Belgique. Le cimentier est soupçonné d’avoir indirectement financé des groupes djihadistes en Syrie dont Daech. Retour sur ce dossier qui mêle réalités économiques et affrontement géopolitique.

Qu’est-il reproché à Lafarge ?

En 2007, le groupe a acheté la cimenterie de Jalabiya, dans le nord-est de la Syrie. Avec la dégradation de la situation dans le pays, l’équipementier et sa branche syrienne Lafarge Cement Syrie (LCS) ont voulu s’assurer que l’usine pourrait continuer à fonctionner. Et pour cela, selon le Monde, Lafarge se serait financièrement arrangé avec des groupes djihadistes en 2013 et 2014. Ces derniers avaient instauré un droit de passage pour les ouvriers ainsi que pour les marchands de ciment qui venaient s’approvisionner. L’arrangement financier aurait notamment profité à Daech qui, sollicité par un intermédiaire missionné par Lafarge, aurait accordé des laissez-passer pour les employés aux checkpoints.

Afin de fabriquer son ciment, LCS est aussi soupçonné d’avoir violé l’embargo de l’Union européenne sur les achats de pétrole auprès de Daech. Il serait passé par des intermédiaires qui commercialisaient le pétrole raffiné par le groupe terroriste, contre le versement de taxes.

L’Etat islamique s’est finalement emparé de la cimenterie en septembre 2014.

Qui a porté plainte ?

Après ces révélations, Sherpa, une ONG créée pour « défendre les populations victimes de crime économiques », a porté plainte en novembre 2016 au nom de onze salariés syriens. Ces derniers assurent qu’ils ont été contraints de travailler dans l’usine malgré les risques, alors que les cadres étrangers étaient eux rapatriés.

En janvier dernier, c’est Bercy qui a déposé plainte au parquet de Paris. En juin, l’enquête a été confiée à trois juges d’instruction. L’information judiciaire a notamment été ouverte pour « financement d’entreprise terroriste » et « mise en danger de la vie d’autrui ». Les enquêteurs cherchent aussi à savoir si des responsables du groupe en France ont eu connaissance de tels accords et du danger qu’ils ont pu faire courir aux employés syriens sur place.

Que dit le cimentier ?

Depuis l’affaire, le groupe Lafarge a fusionné en 2015 avec le suisse Holcim, donnant naissance à LafargeHolcim devenu le numéro un du secteur.

Début mars, LafargeHolcim a admis dans un communiqué que le groupe avait « indirectement » financé des groupes armés en Syrie. Dans le texte, il est reconnu que LFC a « remis des fonds à des tierces parties afin de trouver des arrangements avec un certain nombre de ces groupes armés, dont des tiers visés par des sanctions ». Une enquête interne « n’a pas pu établir avec certitude quels étaient les destinataires ultimes des fonds au-delà des tierces parties concernées », était-il encore précisé.

Un peu plus tard, LafargeHolcim a condamné « les erreurs inacceptables commises en Syrie », et au printemps le patron Eric Olsen a quitté ses fonctions. « Bien que je n’aie jamais été impliqué, ni même informé d’actes répréhensibles, je pense que mon départ contribuera à ramener de la sérénité à une société qui a été exposée depuis des mois sur ce sujet », a-t-il indiqué.

Qui a déjà été entendu ?

Pour l’instant 5 salariés syriens ont déjà été entendus. « D’autres vont l’être en décembre et en janvier prochain », fait savoir au Parisien l’association Sherpa. Celle-ci explique également qu’il est difficile d’entendre tous les salariés car après avoir quitté la Syrie, certains sont encore en Turquie et ne parviennent pas à avoir de visa.

D’anciens responsables du groupe assurent que celui-ci avait reçu l’aval des autorités françaises. L’association Sherpa a demandé que l’ancien ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius soit entendu, ainsi que des diplomates.

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