Publié le: lun, Nov 13th, 2017

Raquel Garrido quitte Mélenchon pour Ardisson : une défaite de la politique à l’ancienne

Raquel Garrido a annoncé qu’elle quittait la politique pour se consacrer à son activité de chroniqueuse télé sur C8. C’est la victoire de cette télévision que Jean-Luc Mélenchon décrie tant et la défaite de la politique à l’ancienne.

Durant la récente campagne présidentielle, Raquel Garrido, avocate de profession, fut, ainsi que son compagnon le député Alexis Corbière, un remarquable porte-parole interprétant à la perfection la stratégie et la démarches politiques de Jean-Luc Mélenchon. À la fois pugnace et charmeuse, inflexible mais capable à tout instant de se plier aux règles de fer du « jeu » médiatique, en particulier audiovisuel, elle compte, avec notamment le « Marcheur » Christophe Castaner, parmi les révélations du combat présidentiel. Une nouvelle figure s’était révélée et imposée sur le « marché » politique. Ça n’aura pas duré longtemps, quelques mois seulement, puisque Raquel Garrido se « tire »! En parallèle à son métier d’avocate, elle se transmue en professionnelle des médias, ces mêmes médias que la France Insoumise diabolise au quotidien et Madame Garrido ne s’en est jamais privé et ne s’en prive toujours pas. Alors résumons en deux formules:
  • La télé plutôt que la chose politique!
  • Chroniqueuse chez Ardisson plutôt qu’élue auprès de Mélenchon!
Constatons au moins qu’il s’agit là d’une forme de déroute citoyenne et civique…
À la sortie de l’été, nous apprenions que Raquel Garrido rejoignait les quelques chroniqueurs qui, autour de Thierry Ardisson, animerait une nouvelle émission de débats et polémiques sur C8, l’une des chaînes Canal donc placée sous le « contrôle » de Vincent Bolloré, le prototype de l’oligarque selon… la France Insoumise. Railleries immédiates, en particulier sur les réseaux sociaux. Une « mélenchoniste » tombée entre les griffes du « terrible » Bolloré! Elle s’en est aussitôt expliquée et défendue- il n’existait d’ailleurs aucune raison de ne pas l’entendre et même la croire: « oui, je dénonce la concentration oligarchique du pouvoir. Je n’ai pas mis d’eau dans mon vin. Avec Ardisson, je dis librement ce que je pense. Je n’ai aucun intérêt à l’auto-censurer. Le téléspectateur veut une voix de rupture ». La rupture, ce sera donc elle, Raquel Garrido, aux côtés de Mélenchon et d’Ardisson, d’Ardisson et de Mélenchon, « en v même temps » comme dirait l’autre.
Quelques mois plus tard, ça ne marche pas. Raquel Garrido a été contrainte de choisir. Et elle a privilégié, sans d’états d’âme excessifs, le « cirque » médiatique. Pourquoi?
Garrido, chroniqueuse télé? Quelques journalistes, tout à la défense d’une profession en grande difficulté, tentèrent de s’y opposer. Démarche corporatiste particulièrement stupide. Mais la nouvelle « vedette télé » commet vite un premier impair: elle s’infiltre comme journaliste- ces journalistes journalistes qu’elle dénonce volontiers-dans une conférence de presse d’Edouard Philippe. Elle prend la parole non pas afin d’interroger le premier ministre, mais pour exprimer la ligne France Insoumise. Étrange mélange des genres qui provoque une première polémique- légitime.

« Journalistes menteurs et putes à clics »

Ce à quoi Raquel Garrido ne s’attendait sans doute pas puisque jusque là « bien vu », à la mode même? Devenir en quelques jours une cible, une proie. Vedette de la politique et, en même temps, vedette d’une émission « branchée » dont le principe fondateur est de « flinguer » cette même politique… C’est compliqué, difficile, impossible sauf à être « parfaite ». Le Canard Enchaîné va s’empresser de faire savoir qu’elle n’est pas « parfaite », Raquel Garrido.
Des cotisations sociales et professionnelles impayées; un logement social de la ville de Paris qu’elle occupe avec son compagnon Alexis Corbière et leurs enfants, qu’ils s’apprêtent d’ailleurs à quitter… Voilà qui fait désordre, qui commence à agacer au sein même de la France Insoumise. Pour répliquer au journal satirique, Raquel Garrido utilise le Snapchat du blogueur Jeremstar. Et elle assume: « un pied de nez à un petit monde journalistique agressif qui a ouvert une guerre contre moi ». La difficulté? Cette série de polémiques, ainsi que quelques tweets malvenus, commencent à agacer au sein même de la France Insoumise. Paris Match affirme que « Mélenchon n’en peut plus » de Garrido. Elle ne supporte pas d’être mise en porte à faux avec son « chef ». Elle est incapable d’expliquer, de démentir; alors elle insulte: « j’en connais plus d’un qui « n’en peut plus » des journalistes menteurs. Vous êtes de belles putes à clics »! Voilà qui est élégant et c ’est ainsi que le piège se referme.

Défaite de la politique à l’ancienne

Jean-Luc Mélenchon, cela va de soi, ne peut que plaider en faveur de sa porte-parole. Il le fait à très haute et très grosse voix. Il évoque une « cabale contre une avocate pauvre clouée au pilori ». Et, comme de bien entendu, il s’en prend à la…presse par définition coupable de tous les maux dès lors que Mélenchon, des amis, son entourage, la France Insoumise, sont remis en cause de quelque façon que ce soit et qu’elle qu’en soit la cause. Attention, ça cogne: « Raquel n’a commis aucune faute. Seuls les journalistes ont cherché à tout pourrir par leurs fausses polémiques. Elle attise la hargne de la caste en raison de son talent et de sa culture ».
Nous aurions envie d’écrire qu’en dépit de « son talent et de sa culture », elle a choisi la télé et les réseaux sociaux plutôt que la politique et l’activité parlementaire. C’est à la fois son droit et son choix. Le Conseil Supérieur de l’audiovisuel a fait savoir que ses passages à l’émission « Les Terriens du dimanche » seraient comptabilisé en temps de parole de la France Insoumise. Cette décision du CSA l’aurait contrainte à choisir selon une dialectique qui se veut habile: « à la télé, plaide l’avocate Garrido, il y a si peu d’Insoumis ». Avant de préciser- comme si elle éprouvait un malaise: « si j’étais vénale, j’aurais fait avocate d’affaires, pas mélenchoniste »! Curieuse comparaison.
Victoire de cette télévision que Jean-Luc Mélenchon décrie tant et plus. Défaite de la politique à l’ancienne. C’est en cela que le cas Garrido mérite d’être médité.

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