Publié le: jeu, Oct 26th, 2017

Levothyrox : des centaines de patients se ravitaillent toujours en Espagne

«Ouf, merci beaucoup, si vous saviez ce que j’ai enduré !» dit en Espagnol cette Tarbaise, quittant la pharmacie en serrant précieusement entre ses doigts un petit sachet en papier…

En Espagne, on trouve de tout ! Six kilomètres après le poste frontière de Fos, en Haute-Garonne, il y a les premiers supermarchés, gavés de pastis, de tapas et d’huile d’olive pas chers. Les Français en raflent de grands cartons. Un peu plus loin, ce sont les bureaux de tabac, avec là encore, des cartouches aux tarifs qui laissent respirer les gros fumeurs…

Depuis quelques années, d’autres fumeurs vont jusqu’à Les, ou Bossost : mais là, il s’agit de se procurer le subtil matériel de jardinage qui permet de faire pousser de belles herbes hallucinantes ! Eh oui, de ce côté-là de la frontière, narguilés et shiloms ne se cachent même pas !

Mais actuellement, c’est un tout autre «trafic» qui agite ce petit coin d’Espagne : le Levothyrox ! Car ici, le médicament est tel qu’il était chez nous, ancienne formule. Du coup, depuis des semaines, c’est la ruée vers Les !

«On voit tous les jours des Français qui viennent acheter le Eutirox» (générique ibérique du Lévothyrox) ici, rapporte Silvia. A Les, sa pharmacie est celle qui est la plus proche de la frontière. «Certains jours, c’est dix personnes, d’autres, cela peut aller jusqu’à 40 ! Mais pas de soucis, nous avons de quoi approvisionner tout le monde. En principe nous délivrons deux ou trois boîtes, de 100 cachets.»

Il y a six dosages différents dans la présentation espagnole, les tarifs varient entre 3 et 4 euros.

«J’y suis allée pendant un week-end il y a dix jours, raconte Michèle, 57 ans, de Villeneuve-Tolosane, j’en ai pris pour un an de traitement, pour 20 €!»

Évidemment, en Espagne, pas de sécurité sociale : mais les patients, qui sont prêts à faire 200 kilomètres et payer l’autoroute, n’en sont pas à ça près !

Pour les amis et la famille

Miguel Almansa Artigo, pharmacien à Bossost explique : «Le week-end, nous avons jusqu’à 100 personnes par jour. Ces gens nous expliquent leur souffrance, toute la symptomatique : maux de tête, vertiges, malaises… ils sont soulagés, quand ils trouvent l’ancienne formule ici. Et ils arrivent d’un peu partout, de Toulouse, de Tarbes, mais aussi de l’Ariège. Vers Montpellier et Perpignan, les gens vont plutôt au Perthus. Nous avons toujours ce qu’il faut, je commande tous les jours en ce moment.»

Non seulement, il y a les patients, mais il y a les amis et la famille des patients, qui profitent d’un voyage éclair pastis-cigarettes, pour ramener les boîtes qu’on leur a commandé.

Le phénomène est encore sensible à Vielha, à près de 30 km de la frontière. «Oui, les Français achètent l’Eutirox ici. Beaucoup de gens nous appellent avant de venir» confirme Maria, dans l’officine du centre-ville.

Aujourd’hui, Michèle n’a plus de crampes, ni fatigue intense. «Ce n’est pas encore tout à fait ça…» mais elle à l’impression de sortir d’un long cauchemar. Devra-t-elle revenir à Les dans un an ?


Des actions en justice

Pertes d’équilibre, perte de cheveux, nausées, vomissements, fatigue extrême… les effets secondaires de la nouvelle formule du Lévothyrox touchent des milliers de patients notamment dans la région. Ceux-ci se sont regroupés en association, avec des réunions qui accueillent parfois des centaines de patients. Plusieurs cabinets d’avocats toulousains comme ceux de Me Jacques Lévy, Me Jacques Monferran, Me Stella Bisseuil, Me Denis Benayoun ou Me Christophe Léguevaque ont déjà entamé des démarches, au pénal et au civil pour venir en aide à ces patients.

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