Publié le: jeu, Oct 26th, 2017

Obsèques de Danielle Darrieux : un dernier hommage en catimini

Absent, mercredi matin, à Bois-le-Roi, dans l’Eure où elle habitait, le monde du spectacle n’a pas été plus présent l’après-midi lors de l’inhumation de Danielle Darrieux à Marnes-la-Coquette.

La mairie de Paris lui ouvrait grand ses églises. Anne Hidalgo aurait même pris son téléphone pour la faire rapatrier. Mais rien à faire : c’est à Bois- le-Roi, dans l’Eure, que Danielle Darrieux, disparue mardi dernier à l’âge de 100 ans et demi, a fait savoir qu’elle souhaitait entendre sa dernière messe. C’est donc là hier matin, où l’actrice avait choisi de vivre avec son compagnon Jacques Janvrin, qu’elle a rassemblé le village avant d’être inhumée en début d’après-midi au cimetière de Marnes-la-Coquette, dans les Hauts-de-Seine, où son troisième et dernier mari, le scénariste Georges Mintsinkides, est enterré.

 

« Les people ne viendront pas ici. Ils iront là-bas », commentait sobrement, en revêtant son surplis, le diacre Daniel Cornille officiant auprès du père Raimond Hérisset, curé de la commune. Il avait raison. On n’assista en Normandie à aucun débarquement de « célébrités ». Elles auraient pourtant pu succomber au charme de la tout aussi coquette et lumineuse petite église Saint-Jean-Baptiste. Ce bâtiment du XVIe siècle relève de six années de restauration après une massive attaque de mérule. Aujourd’hui, les voûtes lambrissées sont quasiment intactes. De précieuses fresques ont été rendues au jour et, sur la façade, un oeil-de-boeuf longtemps aveugle est désormais ressuscité avec un vitrail. On y a sonné la cloche à l’ancienne, en tirant de l’intérieur sur une corde de chanvre.

De cette toilette de fond en comble, la défunte n’ignorait rien. Et pour cause. Tant que ses jambes purent la porter et que ses yeux, lentement avalés par la nuit, ont encore pu voir, elle était avec Jacques membre active des Amis du patrimoine. Ce joyau religieux leur doit beaucoup.

Figure de la comédie musicale

Foin des stars, donc. La population en a profité. Les stalles se sont remplies d’un coup. Quand le cercueil est entré sans que les portes se referment, laissant pénétrer un frais soleil d’automne, un puissant silence s’est fait. Pas le moindre mouvement de chaise. Même la conversation la plus chuchotée s’est tue.

Line Renaud, Dominique Lavanant et Dominique Besnehard aux obsèques de Danielle Darrieux

Dehors, le corbillard était lui aussi très entouré. Des familles, des poussettes, des toutous. Une petite dizaine de gendarmes, l’un d’entre eux armé d’un fusil-mitrailleur, mais n’était-ce pas un peu trop, ont écouté l’office retransmis par des haut-parleurs.Les officiants ont chanté tellement faux que tout le monde s’est souvenu que Danielle, fille d’artiste lyrique et figure de la comédie musicale, chantait tellement juste. C’est ainsi sa voix, scintillante et enjouée, qu’on entendit à la sortie de l’office. La chanson célébrait le temps du muguet revenu et l’amour qui durerait sinon toujours mais en tout cas « longtemps, longtemps ».

Le sourire, la grâce et la beauté

« Pour moi, c’était un sourire, la beauté, la grâce et tout ça dans la simplicité », résumait Josy, la cinquantaine, assistante sociale à Dreux, la ville proche, et qui repartait avec un ultime mais concret souvenir : le fascicule de prières ramassé sur son siège. La comédienne y apparaît rayonnante, le cou serti d’un pendentif en émail.

« Elle est partie comme elle le souhaitait, vêtue de blanc, avec des fleurs blanches autour d’elle », nous disait son amoureux des derniers instants, Jacques, si tendre et si attentionné compagnon de sa belle. Parmi les gerbes, les lys du ministère de la Culture, celle d’une association de cinéphiles et celle des Darrieux. Dans le ciel, le sillage d’un avion transperçait en fusée les nuages. Comme une âme se débrouille pour monter haut plus vite.

Nous prîmes en avance la route pour Marnes-la-Coquette. Pas question d’arriver en retard. De naviguer entre les déviations, les barrières de sécurité pour entrer au cimetière et côtoyer l’adieu à l’actrice qui traversa le siècle. Mais on se gara sur place comme une fleur. Excepté Dominique Lavanant, qui fut l’intime amie de la disparue, et Line Renaud, le monde des arts et du spectacle était aux abonnés absents. Il faut que l’exigence d’intimité ait été bien forte. Ou alors il est peut-être trop tard, aujourd’hui, de mourir à 100 ans.

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