Publié le: ven, Oct 6th, 2017

Macron, un «bordel» très calculé

C’est de façon délibérée que le président utilise un langage familier, voire grossier, pour parler aux Français. Au risque de se couper d’une partie de son électorat.

Au fond, Emmanuel Macron n’a fait que dire ce qu’il pense… Et le torrent de critiques provoqué par sa petite phrase sur ceux qui « fout[ent] le bordel » au lieu de chercher du travail, n’est pas complètement pour lui déplaire. Si, sur la forme, l’Elysée concédait jeudi un « registre de langage familier regrettable », jurant que le président avait oublié « à ce moment-là » la caméra — qui le filmait pourtant en permanence —, il n’était pas question de changer une virgule au propos présidentiel sur le fond. « Quand on parle vrai, on est compris et entendu », affirmaient en choeur les proches du chef de l’Etat, presque ravis de leur coup. « Quels que soient les mots employés, c’est la vérité de la situation qui compte.

Mais de quelle situation s’agissait-il ? Emmanuel Macron discute avec Alain Rousset, le président PS de la région Nouvelle-Aquitaine, dans une école d’apprentis à Egletons, en Corrèze, mercredi. Dehors, les salariés en colère de l’équipementier GM&S, en liquidation judiciaire, manifestent pour rencontrer le président. A l’intérieur, la conversation tourne autour d’une fonderie voisine, à Ussel, qui a du mal à recruter. « Certains, au lieu de foutre le bordel, ils feraient mieux de regarder s’ils ne peuvent pas avoir des postes là-bas, parce qu’il y en a qui ont les qualifications pour le faire ! »

 

Voilà donc, au mot près, ce qu’a dit Emmanuel Macron. Le président vise, sans les nommer, les salariés de GM&S, pointant l’irresponsabilité de ceux qui refusent la mobilité et se complairaient dans un bras de fer syndical.

«Les Français veulent que ça change»

Un franc-parler qui sied surtout aux oreilles de la droite. La remontée du président dans cet électorat, que notent les sondages, n’a d’ailleurs échappé à personne à l’Elysée. « Le vrai reproche qu’on fait aux politiques, c’est la mollesse ! clame le député Constructif Thierry Solère. Les Français veulent que ça change, pas d’un président policé. »

Même le centriste François Bayrou, allié du président, pense que ces phrases chocs ne le desservent pas forcément. « Le peuple des salariés n’a plus de vision syndicaliste ou corporatiste, mais une vision marquée par le bon sens, avance-t-il. L’emploi de ce mot grossier peut être critiqué, mais il marque le surgissement du réel dans le discours politique. » Un autre proche le défend de basculer dans la vulgarité : « Son discours est toujours de bonne tenue, mais quand il peut mobiliser les sentiments des Français, alors il y va. »

Des états d’âme chez les Marcheurs venus de la gauche

Après « les fainéants », « les illettrés » ou « ceux qui ne sont rien », cette nouvelle saillie semble bien s’inscrire dans une stratégie globale. « En disant cela, il parle au peuple, mais sans tomber dans l’injure comme Sarkozy », estime un Marcheur.

Mais à trop multiplier ces sorties brutales, Macron prend le risque de se couper de la gauche. Celle qui l’a fait président. « Il ne veut pas le meilleur des mondes, mais le monde des meilleurs », juge le député socialiste Boris Vallaud dans une formule ciselée. La macronie défend son champion de tout « mépris de classe », mais les Marcheurs venus de la gauche ont des états d’âme…

  

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