Publié le: ven, Sep 22nd, 2017

Gérard Larcher : «Le Sénat doit incarner une opposition exigeante»

Gérard Larcher, le président de la Haute Assemblée, prévoit une victoire de la droite aux élections sénatoriales de dimanche. Interview.

Gérard Larcher estime que la majorité sénatoriale devrait être confortée à la suite des élections de dimanche.

Comment voyez-vous le nouveau Sénat qui sortira des urnes dimanche ?
Gérard Larcher.
Depuis le printemps, je me suis déplacé dans une vingtaine de départements. Les élus sont découragés par les réformes souvent contradictoires engagées depuis huit ans. Mais aussi profondément déçus par les annonces du gouvernement de l’été.

Les élus locaux, qui élisent les sénateurs, sont déjà déçus par Emmanuel Macron ?
Oui. Les élus n’attendent pas qu’à nouveau coulent le lait et le miel. Ils sont conscients des efforts à faire. Quand nous nous sommes réunis ici, au Sénat, le 17 juillet, pour la Conférence nationale des Territoires, nous nous sommes rencontrés dans mon bureau avec le chef de l’Etat et le chef du gouvernement. Des engagements ont été pris, notamment sur la méthode : dialogue, confiance, respect. Or, le 20 juillet, j’apprends, par une dépêche AFP, le gel des dotations qui cible notamment la France rurale, celle qui a déjà le sentiment d’être abandonnée. C’a été un point de rupture de confiance. Même chose avec la diminution brutale du nombre de contrats aidés. D’ailleurs, le Premier ministre, à qui j’ai envoyé un courrier le mois dernier, vient de me répondre qu’il allait reprendre le dialogue. Et je m’en réjouis.

Selon vous, cette rupture de confiance aura un impact sur le scrutin de dimanche ?
Je sens qu’un certain nombre de délégués sénatoriaux vont favoriser un équilibre des pouvoirs, indispensable dans une démocratie. Le président de la République, qui souhaitait un « alignement des planètes », risque de ne pas l’avoir.

Selon vous, le Sénat restera donc à droite ?
Je souhaite que la majorité sénatoriale soit confortée, pour faire écho à la désillusion perçue par les élus locaux.

C’est-à-dire plus précisément ?
Il faut toujours être extrêmement prudent mais je pense que l’ensemble des groupes qui composent la majorité sénatoriale, des Républicains aux Radicaux, devrait être confortée ou progresser légèrement. Je pense aussi que les socialistes reculeront, mais moins que prévu.

Une fois les élections passées, ne craignez-vous pas un éclatement des groupes et au final une recomposition totale des alliances ?
Cette majorité sénatoriale a su démontrer depuis 3 ans sa cohésion, son sens du débat, le respect des convictions de chacun. C’est une majorité diverse, ouverte et exigeante qui a su s’opposer ou soutenir le gouvernement en fonction du seul intérêt du pays. Pourquoi voulez-vous bouleverser ce qui marche ?

Vous êtes candidat à votre propre succession. Quel type d’opposition voulez-vous incarner désormais ?
Le Sénat n’est pas un anti-pouvoir, c’est un contre-pouvoir. Il est encore plus utile depuis la réforme du quinquennat. Les élections législatives ne sont que la réplique systémique de l’élection présidentielle. En démocratie, il faut une voix différente, une voix autonome. Je veux que le Sénat incarne une opposition exigeante. Mon rôle de président, c’est de permettre à chacune des sensibilités de s’exprimer. Nous ne sommes pas dans le « consensus mou » mais dans le consensus pragmatique, réaliste. C’est l’ADN du Sénat qui structure notre relation avec l’exécutif.

Sur quels textes le Sénat pourrait-il s’ériger comme opposant à la politique gouvernementale ?
Nous voulons plutôt nous ériger en vigie. Il y a des lignes rouges à ne pas franchir. La principale, c’est l’autonomie financière des collectivités territoriales, avec un sujet majeur : la réforme de la taxe d’habitation. Je peux entendre lorsqu’on parle du caractère inéquitable des valeurs locatives. Mais nous craignons que la disparition de la taxe d’habitation ne débouche sur une recentralisation de l’impôt et supprime le lien entre le citoyen et sa commune. Nous allons faire, au Sénat, des propositions pour une vraie réforme de la fiscalité locale.

Vous n’avez même pas eu gain de cause sur la suppression de la réserve parlementaire…
C’est vrai mais nous n’avons pas dit notre dernier mot. Je veux que les communes rurales récupèrent les 146 MEUR qu’elles ont perdus. On en discutera dans le cadre de la prochaine loi de Finances.

Emmanuel Macron veut réformer la Constitution. Vous le soutiendrez ?
Il faut toucher à la Constitution d’une main tremblante. Nous verrons le texte présenté par le gouvernement. Faut-il figer constitutionnellement le nombre de parlementaires ? Quelle sera la dose de proportionnelle, même si cela relève d’une loi organique ? Comment se présentera la réforme du CSM (Conseil supérieur de la magistrature) et celle du CESE (conseil économique, social et environnemental) ? La limitation du nombre des mandats dans le temps pose une immense difficulté pour les élus locaux. Penser que l’on peut facilement remplacer des maires ruraux est une vision extrêmement parisienne de la démocratie locale.

Que pensez-vous de la proposition de François de Rugy, le président de l’Assemblée nationale, qui limiterait à un le nombre de navettes entre les deux chambres ?
Il ne peut décider seul. C’est du ressort de la Constitution. Si on limite à une seule navette, les députés risquent de confisquer la concertation au sein de la commission mixte paritaire. Le bicamérisme, ce n’est pas ça !

Quelles réformes préconiserez-vous vous-même ?
Le Sénat en a déjà mis de nombreuses en oeuvre. Par exemple, sur le travail en commission et sur le contrôle de la présence des sénateurs. Je souhaite que les pouvoirs de contrôle du Sénat sur le gouvernement soient renforcés. Notamment en faisant des contrôles à chaud des ministères, sur sites, sur pièces. Dans le contrôle de l’application des lois, je propose la même évolution.

Qui soutiendrez-vous pour la présidence des Républicains ?
Je veux que ma famille reste unie. Il faut veiller à ce qu’il y ait une vraie démocratie au sein du parti, le respect de toutes les sensibilités, qu’il y ait aussi une vraie imperméabilité avec le FN. L’élection du président du parti est une étape démocratique majeure, le verdict des urnes devra être respecté tout comme les engagements pris.

Si Les Républicains l’emportent dimanche, ce sera le début d’un rebond de la droite ?
Je ne sais pas. Mais ce sera utile pour sentir l’état de nos territoires.

La confiance peut-elle encore être rétablie avec Emmanuel Macron ?
Si je suis réélu, ce sera pour faire en sorte que les institutions fonctionnent et que les équilibres soient garantis. Il faut qu’il y ait une écoute et que nous puissions, comme aime à le dire le Premier ministre, gérer nos accords et nos désaccords. J’ai confiance mais nous aurons, le Sénat et moi-même, des exigences.


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