Publié le: ven, Août 11th, 2017

L’attaque de Levallois reste mystérieuse

Depuis 24 heures, la police antiterroriste multiplie les recherches et les auditions pour expliquer l’attaque qui a visé six militaires mercredi matin. Pour l’instant, aucun élément ne semble relier Hamou B. à l’islam radical.

Hélitreuillé mercredi dans un état plutôt critique au CHU de Lille, Hamou B., principal suspect après l’attaque qui a blessé six militaires à Levallois-Perret, pourrait ne pas être entendu avant plusieurs jours. Touché de cinq balles dans le buste, une main et une épaule, cet Algérien de 36 ans a déjà subi deux interventions chirurgicales. Son bref début de garde à garde a été interrompu le temps de lui prodiguer des soins. Les policiers ne peuvent donc pas lui demander pour quelle raison il avait filé vers le nord de la France au volant de la BMW noire qui a percuté les soldats de «Sentinelle».

«Hamou B. a fait mine de prendre quelque chose à sa ceinture, comme s’il voulait se faire tuer par la police selon la méthode dite du “suicide by cop“»

Frédéric Doidy, chef de l’Office central de lutte contre le crime organisé (OCLCO)

Un fait semble acquis: au moment de son interpellation, l’homme était déterminé. Et semble-t-il prêt à tuer des policiers. Son interception, qui solde une traque ayant mobilisé 300 policiers, est spectaculaire. Repéré sur l’A16 au volant de sa voiture de location dont l’avant et le pare-brise avaient été accidentés par la collision avec les militaires le matin même, Hamou B. est pris en chasse par les brigades de recherche et d’intervention (BRI) de Lille et Rouen.

«Après s’être assurés qu’il s’agissait bien de la bonne voiture, notre mission était d’arrêter le conducteur avec un maximum de sécurité, raconte Frédéric Doidy, chef de l’Office central de lutte contre le crime organisé (OCLCO) et responsable des 16 BRI déployées dans le pays. Plusieurs de nos voitures l’ont dépassé avant de décélérer au point de provoquer devant lui un bouchon artificiel.» Comprenant vite la manœuvre, Hamou B. a cherché à s’esquiver par tous les moyens. «Il a tenté de percuter une voiture et des policiers sortis sur la chaussée pour l’interpeller, poursuit Frédéric Doidy. Il a ensuite fait mine de prendre quelque chose à sa ceinture, comme s’il voulait se faire tuer par la police selon la méthode dite du “suicide by cop”. On ne savait pas s’il avait un gilet explosif ou s’il allait sortir une arme. Il a été touché par des tirs de riposte.»

Chauffeur de VTC, l’assaillant, qui a aussi été livreur manutentionnaire, menait une vie discrète à Bezons, en banlieue parisienne

Au total, moins de dix balles ont été tirées. L’une d’elles a traversé la carrosserie de la voiture avant de se loger dans la cuisse d’un membre de la BRI de Lille, lui aussi hospitalisé sans que son état de santé inspire d’inquiétude. Montées en puissance pour compter dans leurs rangs jusqu’à 400 enquêteurs spécialisés de la police judiciaire, les BRI de France s’entraînent désormais avec le Raid. Depuis les attentats de 2015, elles ont fait évoluer leur processus d’intervention à la menace terroriste, comme à Saint-Quentin-Fallavier ou Saint-Étienne-du-Rouvray où les policiers ont neutralisé des terroristes.

Concernant les tentatives d’assassinat de Levallois-Perret pour lesquelles le parquet a saisi les services antiterroristes, les investigations se poursuivaient pour comprendre les motivations de l’agresseur. Ce chauffeur de VTC, qui a aussi été livreur manutentionnaire, menait une vie discrète et habitait dans un immeuble d’un quartier résidentiel de Bezons, en banlieue parisienne, qui a été perquisitionné.

Au terme de 24 heures d’enquête, aucun élément ne semble relier ce suspect, jusqu’ici inconnu des services, à la piste de l’islam radical. Plusieurs de ses proches ont été entendus en qualité de témoins. Personne n’a évoqué une radicalisation récente. Pour l’instant, seul Hamou B., depuis son lit d’hôpital, pourrait expliquer la glaçante équipée solitaire de mercredi.

 

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