Publié le: jeu, Août 10th, 2017

LA MACÉDOINE VEUT SE METTRE D’ACCORD AVEC LA GRÈCE POUR SE TROUVER UN NOUVEAU NOM

DIPLOMATIE – Après 25 ans de bataille, la Macédoine, une ancienne république yougoslave, semble vouloir régler le conflit qui l’oppose à la Grèce au sujet de son nom. Jusqu’ici, la Grèce s’opposait à toute entrée de la Macédoine dans l’UE ou l’OTAN à cause de ce différend, aux origines historiques et culturelles.

Vous l’ignoriez peut-être, mais il existe un conflit qui perdure depuis plusieurs décennies en plein cœur de l’Europe. L’objet de ce différend : le nom de la Macédoine, ce petit pays issu du démembrement de la Yougoslavie, situé au nord de la Grèce et coincé entre la Bulgarie, la Serbie, le Kosovo et l’Albanie. Après un quart de siècle d’une brouille qui pourrait paraître burlesque vu d’autres pays, la Macédoine semble vouloir régler le conflit qui l’oppose à la Grèce au sujet de son nom, et la Grèce n’y est pas opposée.

Le contentieux remonte à l’indépendance de l’ex-république yougoslave de Macédoine en 1991, quand le nouvel Etat se met à revendiquer aussi l’histoire macédonienne antique, notamment celle de ses deux grands rois, Philippe II de Macédoine et son fils Alexandre le Grand, au 3e siècle av. JC.

Depuis, Athènes dénie à Skopje le droit pour le pays de s’appeler Macédoine, et tant que l’affaire n’est pas réglée, s’oppose à l’entrée du voisin dans l’Union européenne (UE) et l’OTAN. En attendant, la Macédoine n’est désignée, par la Grèce et dans la plupart des pays ouest-européens, que par son nom provisoire, reconnu par l’ONU, d' »ARYM » (Ancienne République yougoslave de Macédoine). Dans la conversation courante, les Grecs l’évoquent généralement sous le nom de « Skopje ».

« Macédoine septentrionale », « Nouvelle Macédoine » ou encore Macédoine « Vardarska »

Le nouveau Premier ministre macédonien social-démocrate Zoran Zaev a manifesté la volonté de régler ce conflit dès son élection début juin, et un calendrier de rencontres bilatérales est en place. L’un de ses prédécesseurs, l’ex-Premier ministre de droite Nikola Gruevski, avait mené une politique nationaliste. M. Zaev a affirmé que son pays pourrait provisoirement « devenir membre de l’OTAN sous l’appellation d’ARYM ». Il s’est entretenu au téléphone avec son homologue grec Alexis Tsipras.

« La Grèce peut rester sur la même position pendant deux siècles. Nous devons trouver une solution pour débloquer le processus d’intégration à l’Otan et à l’UE », explique, sous couvert d’anonymat, un haut responsable de la SDSM, le parti de M. Zaev. Mais, prévient-il, dans ce petit pays fragile, il faudra trouver « un consensus » politique et faire avaliser le choix par un « référendum ».

Plusieurs noms circulent au sein de la population : « Macédoine septentrionale », « Nouvelle Macédoine » ou encore Macédoine « Vardarska », du nom du fleuve qui irrigue le pays, mais aussi la Macédoine grecque sous le nom d’Axios. L’actuel gouvernement grec n’a pas encore fait de propositions. Il attend la reprise des négociations pour dévoiler son jeu. En 2007 le gouvernement de l’époque avait lui aussi suggéré « une appellation avec un préfixe géographique ».

Un sujet encore très sensible

Illustration des tensions que ce conflit a pu créer : le ministre grec aux Migrations Yannis Mouzalas a été menacé en 2016 de devoir démissionner après avoir laissé échapper à la télévision le mot de « Macédoine » pour désigner le voisin. M. Mouzalas a dû s’excuser solennellement « pour cette erreur qui ne reflète pas ma position et mes convictions sur l’ARYM ». Ce mardi 1er août, autre épisode : l’équipe grecque de handball féminin a été sanctionnée après avoir refusé de jouer à Skopje, dans le cadre du championnat d’Europe, contre l’équipe de Macédoine désignée sous ce nom.

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