Publié le: mer, Juin 28th, 2017

Messages mystères et cartes SIM fantômes, ça se complique

Qui a appelé Redouane Ikil sur son portable le matin du 21 avril 2012, six semaines après l’extorsion qui a dévalisé le bureau de La Poste de Bellefontaine ? Le directeur suspendu, devenu accusé devant la cour d’assises de la Haute-Garonne a d’abord pensé à son électricien chargé de réaliser des travaux à Saint-Castin, près de Pau. «Son frère avait un numéro qui commençait par 07. À l’époque c’était le seul que je connaissais», justifie Redouane Ikil.

Le premier appel, avec message vocal, a été passé depuis une cabine téléphonique. Elle se trouvait place Dupuy, à Toulouse, à quelques mètres de l’appartement de Fabien Djetcha, le braqueur arrêté sur l’extorsion de Saint-Cyprien.

Troublant. On tombe dans le polar quand les enquêteurs de la PJ saisissent chez ce suspect sept cartes SIM. Aucune à son nom, certaines périmées mais l’une, propriété officielle «d’un homme âgé de 113 ans !», annonce le président Huyette correspond au numéro laissé par l’interlocuteur à Redouane Ikil. Fabien Djetcha ? Cela serait trop simple. Les enquêteurs se sont cassé les dents sur cette énigme. Les efforts de l’avocat général David Senat, et du président Huyette, pour approcher quelque chose de cohérent se heurte aux fantômes qui passent chez Fabien Djetcha. «Je ne sais pas», a répété, répété et encore répété cet homme décidément surprenant. «J’ai été menacé en prison», reprend ce mathématicien pas à l’aise en démonstration pour justifier ses non-dits.

Redouane Ikil ignore lui aussi le nom de cet interlocuteur mystère mais sa défense approche la cohérence. Ce qui n’empêche pas le doute, ou les doutes. Hier lors d’une audience où l’accusation accumulait les attaques, les jurés, quatre femmes et deux hommes remarquables d’attention, ont aussi assisté au débriefing de l’agression du directeur suspect. «On m’a menacé chez moi donc j’ai griffonné ce plan», explique Redouane Ikil. Cette expédition par deux «blacks très costauds», trouble le président qui multiplie les interrogations, quitte à les répéter.

«Pourquoi n’en avoir jamais parlé. Ni à votre hiérarchie, ni à votre amie de l’époque ?»

Redouane Ikil revient à son éducation : «J’ai appris à ne pas me plaindre. Je ne montre rien. Je suis un roc.» Le président insiste, l’avocat général enchaîne, reçoit une réponse sèche dont le ton indispose le président. Il le fait savoir. «Cet homme joue sa tête, sa vie. Il est en prison depuis 38 mois, intervient Me Joseph Cohen-Sabban. Il peut se mettre en colère. Continuez à vous défendre sur le ton qui vous plaira !»

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