Publié le: mer, Juin 14th, 2017

Angelina Jolie, nouvelle égérie Guerlain, se confie

Angelina Jolie nous a demandé d’être interviewée par Mariane Pearl, l’épouse du regretté journaliste Daniel Pearl, dont elle a interprété le rôle en 2007 dans « Un coeur invaincu ». Depuis, ces deux femmes sont amies. Pour nous, elles se sont retrouvées le temps d’une journée à Los Angeles.

« Je retrouve mon amie Angelina à l’occasion de la fête des mères, pour évoquer la sienne, Marcheline Bertrand. La publicité qu’elle a récemment tournée pour les parfums Guerlain est un hommage à cette femme qui l’a toujours inspirée par sa grâce et son élégance… notre amitié à toutes les deux remonte à 2005. nos fils Adam et Maddox sont eux aussi amis depuis leur petite enfance. Ils regardaient ensemble ‘Le Livre de la jungle’ tandis qu’on essayait de ne pas rater la cuisson des pâtes. Douze ans plus tard, au mois d’avril, nous voici assises dans la cuisine de la maison que loue Angelina à Los Angeles. Les six enfants, que j’ai vus grandir, sont scolarisés à domicile. Tandis que nous parlons, ils font leurs devoirs, assis dans la pièce à côté. »

Mariane Pearl. Peux-tu nous parler de ta mère et de la manière dont elle a influencé la femme que tu es devenue ?

Angelina Jolie. Ma mère était très douce et d’une grande gentillesse, c’était quelqu’un qui ne mettait jamais ses intérêts personnels en avant, et je crois que son plus grand bonheur dans la vie a été de voir ses enfants réussir. Elle m’a beaucoup inspirée dans sa façon d’être, et par tout ce qu’elle m’a enseigné. Mais sa disparition [en 2007, ndlr] m’a aussi beaucoup appris. Elle m’a donné envie d’être réellement présente pour mes enfants et de prendre soin de moi et de ma santé.

M.P. Ta mère était une pionnière, elle aussi, une activiste, tu te souviens de cet aspect de sa personnalité ?

A.J. Je devais avoir 10 ans la première fois qu’elle m’a amenée à un dîner de charité organisé par Amnesty International. Elle m’a vêtue de mes plus beaux habits. J’ai appris ce jour-là le sort des prisonniers d’opinion, qui étaient injustement détenus et pourquoi. Ma mère m’a élevée dans la conscience du monde, elle me parlait souvent des causes qui la touchaient. Elle m’emmenait voir de l’art underground, elle m’a fait connaître des films étrangers, les classiques européens… Nos étagères débordaient de livres intéressants, et les gens qu’elle invitait étaient tous fascinants à leur façon.

M.P. Dirais-tu qu’elle était une intellectuelle ?

A.J. Elle ne se serait jamais décrite comme telle, mais elle était d’une grande sagesse pour les choses qui comptent vraiment. Elle avait cette grâce innée, elle incarnait des valeurs pures telles que la gentillesse et la noblesse des sentiments.

M.P. En parlant d’incarnation, tu penses qu’elle aurait aimé le parfum de Guerlain dont tu es l’égérie ?

A.J. Elle l’aurait adoré, j’en suis sûre. Elle a toujours aimé Guerlain. C’est d’ailleurs pour cela que j’ai accepté de travailler avec eux.

M.P. Tu parles souvent d’elle aux enfants ?

A.J. Bien sûr, elle aurait fait une telle grand-mère ! On entend souvent dire que, dans la vie, certains événements ont leur raison d’être. Mais je n’arrive pas à comprendre pourquoi elle n’est pas avec nous aujourd’hui. Je sais combien elle aurait contribué au bonheur de mes enfants, et je suis triste de savoir qu’ils ne connaîtront pas cela. Je ferais n’importe quoi pour l’avoir auprès de moi en ce moment. J’ai besoin d’elle et je lui parle souvent dans ma tête. J’essaie d’imaginer ce qu’elle me dirait et comment elle me guiderait.

M.P. Tes enfants t’ont-ils transformée ?

A.J. Je pense que dès l’instant où tu deviens parent, tes désirs et tes objectifs deviennent secondaires, ce sont les besoins et les rêves de tes enfants qui priment. Le présent leur appartient. C’est incroyable de les voir si rapidement s’émanciper, ils deviennent des êtres singuliers, à la fois forts et doux. J’observe la façon dont ils intègrent les connaissances, ce qu’ils aiment et ce qu’ils voient dans le monde qui les révolte ou leur fait perdre patience. C’est une source infinie d’apprentissage pour moi.

M.P. Que signifie être mère pour toi ?

A.J. C’est le plus beau des cadeaux et la plus grande des responsabilités. Ça veut dire faire tout ce que tu peux pour vivre à la hauteur de tes valeurs et essayer d’être un exemple pour tes enfants.

M.P. Leur adolescence te fait peur ?

A.J. Pas du tout. En tant que parent, tu t’inquiètes, c’est inévitable. Tu dois à la fois les protéger et leur permettre de déployer leurs ailes. Mais je suis réellement impressionnée par leur force, et j’adore quand ils disent ce qu’ils pensent.

M.P.Tu penses qu’il existe une force commune aux mères, qui pourrait servir de base pour trouver des solutions aux conflits et aux impasses politiques – lesquels ne font que s’aggraver ?

A.J. À mon avis, il serait totalement faux de penser que c’est parce que nous sommes parents que la paix nous concerne davantage. La paix est un désir inné chez l’être humain. Mais c’est aussi une réalité factuelle et absolue, que, à travers l’Histoire, les femmes ont été exclues des négociations pour la paix. Et c’est encore souvent le cas. Il faut qu’on arrive à changer cela. Ce n’est pas une question de femmes qui prendraient le pouvoir sur les hommes non plus. Il s’agit plutôt d’équilibre et de sagesse, de travailler ensemble dans la société afin que tous et toutes puissions équitablement participer aux prises de décision et construire l’avenir de nos pays.

M.P. La maternité a longtemps été considérée comme un sacrifice : on donne sa vie pour ses enfants. Tu crois que c’est toujours le cas ?

A.J. Je ne vois pas la maternité comme un sacrifice. Pour moi, c’est un privilège.

M.P. Comment vois-tu le renouveau de l’engagement féministe aux États-Unis ?

A.J. Je pense qu’il y a un renouveau de l’activisme en général, dans le monde entier, pas seulement aux États-Unis. Les gens semblent devenir plus conscients de l’importance de la politique. Ils veulent faire entendre leur voix dans les choix qui les concernent, ou qui influent sur la façon dont leur pays traite le reste du monde. Nous avons besoin de cet esprit internationaliste.

M.P. Quels sont tes projets ?

A.J. Mon travail et mes déplacements sont limités en ce moment, pour des raisons personnelles. Mais j’attends avec impatience notre prochain voyage autour de la Journée mondiale des réfugiés, le 20 juin. Nous partons en Afrique. Et les enfants adorent ce continent. Je pense qu’il est important de leur montrer le monde en cette période particulière. Dans la vie, on est très souvent amenés à n’être concentré que sur soi-même, et je crois qu’une vision plus large des choses est fondamentale. Le 20 juin, nous serons en compagnie de réfugiés et de membres des Nations unies. J’irai aussi sur le terrain pour documenter le rôle des militaires dans la prévention et la répression des violences sexuelles comme arme de guerre. Et puis, je vais aussi continuer à enseigner à la London School of Economics (LSE).

M.P. Le monde que nous devons transmettre à nos enfants peut faire peur. comment partages-tu ton engagement politique avec eux ?

A.J. J’essaie de leur montrer l’exemple, pour qu’ils soient attentifs aux autres, qu’ils se montrent responsables. Je les aide aussi à acquérir une vision plus large du monde. Mais je ne connais qu’une façon de les élever : c’est de les écouter. C’est peut-être ce qu’un parent peut faire de plus important. Mes enfants sont résilients, mais ils restent des enfants. Ils ont autant besoin d’aide pour comprendre les dures réalités de la vie que de ce qui est vital à tous : l’amour et la protection.

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