Publié le: mer, Mai 17th, 2017

Ouverture d’un 70e Festival de Cannes déjà troublé

La 70e édition du Festival de Cannes s’ouvre ce mercredi 17 mai au soir « à l’ancienne », sur le tapis rouge et devant un grand écran. Les stars françaises Marion Cotillard et Charlotte Gainsbourg monteront les marches, hors compétition, pour Fantômes d’Ismaël d’Arnaud Desplechin, avant les vedettes des 19 films en lice pour la Palme d’or, décernée le 28 mai par le président du jury, Pedro Almodovar. Mais dans les coulisses bouillonnent déjà des vifs débats concernant la menace du cheval de Troie Netflix et la tentation d’un cinéma en réalité virtuelle.

Okja s’appelle le cheval de Troie dont toute la Croisette s’échauffe déjà avant la lever du rideau, en attente du scandale du siècle. Et des scandales, il y en a eus dans l’histoire du Festival, avec des sifflets, des huées, des haut-le-cœur… Cette fois, le trouble s’annonce moins agité, mais beaucoup plus profond. Le film du réalisateur sud-coréen Bong Joon Ho montera les marches vendredi. A priori, il ne comporte ni scènes de sexes ou de violences insupportables. Il ne défend pas non plus de positions morales ou politiques indéfendables. Son péché ? Il a été produit par Netflix. Et quand le délégué général Thierry Frémaux l’avait sélectionné pour la compétition officielle, il n’avait certainement aucune idée des conséquences possibles.

Le label « Netflix »

Avec son label Netflix, Okja pourrait renverser tout seul la pyramide de valeurs bâtie depuis 70 ans par le Festival de Cannes. Car les producteurs de la plateforme de streaming refusent obstinément de se soumettre à la législation française qui prévoit un délai de trois ans entre sortie en salle et diffusion sur une plateforme. Pour l’instant, le film de 50 millions de dollars, avec Tilda Swinton dans le rôle-titre, sera seulement distribué dans les salles sud-coréennes, américaines et britanniques. Alors, les cinéphiles du monde entier retiennent leur souffle : si Okja remporte le 28 mai la distinction suprême, la Palme d’or 2017 risque de ne pas sortir en salles en France et dans bien d’autres pays. L’acte sacré d’aller au cinéma sera réduit à une banale séance de homecinema. Et ce n’est pas fini, car pour The Meyerowitz Stories de l’Américain Noah Baumbach, également en lice pour la Palme d’or, Netflix a acquis les droits du film…

Le cinéma en réalité virtuelle, invitée d’honneur au Festival de Cannes

Mais, attention, il y a encore une deuxième révolution technologique qui pourrait rendre les grands écrans de cinéma obsolète. Et celle-ci a été consciemment invitée par Thierry Frémaux au Festival de Cannes. D’avoir choisi en sélection officielle Carne y arena (Chair et Sable), une installation cinématographique en réalité virtuelle d’Alejandro Gonzalez Inarritu, est un clin d’œil au génie du cinéaste mexicain oscarisé, mais aussi en direction de l’industrie cinématographique. Certains voient déjà la naissance d’une grande alliance entre les studios américains et les technologies de Silicon Valley pour rentabiliser les milliards de dollar déjà investis dans la technologie de la réalité virtuelle.

Roman Polanski en sélection officielle

En revanche, l’« affaire » Netflix a permis pour l’instant à faire oublier d’autres débats possibles, comme la présence de Roman Polanski en sélection officielle avec D’après une histoire vraie, trois mois après les protestations qui avaient obligé la Palme d’or de 2002 de se retirer de la présidence de la cérémonie des César. Un mouvement féministe avait protesté contre cet hommage à un réalisateur recherché depuis 40 ans par Interpol pour le viol d’une fille de 13 ans…

Les films iraniens ne font pas (encore) de vagues

Un calme plat médiatique règne pour l’instant aussi autour des films iraniens au Festival de Cannes dont Lerd de Mohammad Rasoulof et le court métrage Lunch Tim d’Alireza Ghasemi, et cela au moment-même où l’Iran est en train d’élire le 19 mai son nouveau président. On est loin de 2010, quand Jafar Panahi a été érigé en symbole politique du Festival de Cannes et le film Au Revoir de Rasoulof sorti illégalement de l’Iran pour être sélectionné au Festival de Cannes.

Entretemps, une flopée de stars foulera le tapis rouge dont l’Australo-Américaine Nicole Kidman qui présentera trois films – dont deux en compétition – et une série. Et l’Autrichien Michael Haneke se mettra en position pour essayer de remporter avec ses acteurs Isabelle Huppert et Jean-Louis Trintignant une troisième fois la Palme d’or.

Le verdict de cette 70e édition tombera le 28 mai, avec une palme d’or incrustée de diamants et un palmarès qui, comme tous les ans, fera débat…

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