Publié le: lun, Mai 15th, 2017

Mises sous pression, des Japonaises forcées de tourner dans des films X

Forcée de tourner dans des films porno, Kurumin Aroma est parvenue à faire retirer les vidéos de la vente. (Capture d’écran)

Chantage, manipulation, harcèlement… Des compagnies de production pornographique mettent la pression à de jeunes japonaises pour les pousser vers le X.

Kurumin Aroma rêvait de devenir une célébrité télévisée. C’est donc tout naturellement qu’elle a accepté, il y a quatre ans, de participer à une séance photo « glamour » qu’un homme lui a proposé dans les rues de Tokyo. « Il avait une carte professionnelle sérieuse et parlait très respectueusement, j’ai donc pensé que c’était une personne de confiance, » confie-t-elle au Guardian.

Quelques mois plus tard, la jeune femme de 26 ans comptait malheureusement parmi les très nombreuses Japonaises qui disent avoir été forcées d’apparaître dans des films pornographiques, contre leur gré, par des compagnies de production.

Comment Kurumin Aroma s’est-elle retrouvé dans cette situation? Quels moyens ces compagnies utilisent-elles pour pousser de jeunes femmes, qui ne sont à priori pas intéressées par l’industrie du porno, à tourner dans des films X? Pour Kurumin Aroma, ce sont les demandes insistantes et à répétition qui ont servi de moyen de pression.

Une forte pression

Au cours d’un entretien avec une société de production de divertissement, la jeune femme se voit proposer un contrat indiquant qu’elle devrait enlever ses vêtements pendant une séance photo. « C’est la première fois que l’on me parlait de nudité, » raconte-t-elle. « J’ai pleuré, mais je subissais une forte pression, donc j’ai fini par accepter ».

Au cours des mois suivants, la demande change: l’agence lui demande désormais, de manière répétitive et importante, de tourner dans un film pornographique. Elle capitule et accepte cette nouvelle demande. « Ils m’ont dit que je pouvais arrêter n’importe quand si la situation me mettait mal à l’aise ou que c’était douloureux, mais c’était faux, » confie la jeune femme.

83 victimes en 2015

Au Japon, Kurumin Aroma n’est pas un cas isolé. Selon un sondage diffusé et publié par le gouvernement l’an dernier, 50 des 200 jeunes femmes (sur 20 000 personnes interrogées) à qui des contrats de mannequinat ont été proposés avaient été incitées à poser nu ou à avoir des relations sexuelles face à une caméra. Selon Lighthouse, un centre de lutte contre trafic humain, le nombre de victimes serait passé de 29 en 2014 à 83 en 2015. Une augmentation dramatique.

L’association de promotion de la propriété intellectuelle, qui représente l’industrie pornographique japonaise, a promis d' »encourager les producteurs à prendre des mesures pour améliorer rapidement la situation » après l’arrestation de trois hommes impliqués dans une affaire de chantage. Leur victime, une autre jeune femme, avait tourné dans plus de 100 films pour adultes, sous menace d’être dénoncée à sa famille en cas de refus.

Une violation des droits de l’homme

L’industrie du porno japonais, dont le chiffre d’affaire annuel est désormais estimé à 500 milliards de yens (soit 4 milliards d’euros), a été fortement incitée à prendre des mesures pour que de telles situations ne se produisent plus.

Kazuko Ito, avocat et secrétaire général de Human Rights Now, s’est félicité de la récente répression policière destinée à lutter contre ces pratiques, mais regrette qu’aucune mesure légale ne soit prise. « Il n’y a pas de loi contre la contrainte des femmes à apparaître dans ces films et aucune supervision gouvernementale de l’industrie. Mais ce n’est pas seulement une question juridique, c’est une violation des droits de l’homme, » a-t-il déclaré.

Des propos que confirme Kurumin Aroma: « Pendant tout le temps que j’ai passé dans l’industrie du porno, mes responsables masculins me disaient que je leur appartenais. Je n’avais aucune liberté et nulle part où demander de l’aide. J’étais piégée. » Grâce à son combat, notamment sur les réseaux sociaux, la jeune femme est parvenue à faire cesser les ventes des DVD où elle apparaît. « Pendant longtemps, je me sentais responsable de la situation, mais en parler en public m’a permis de réaliser que je ne suis pas la seule fautive. »

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