Publié le: ven, Avr 28th, 2017

Santé : le match des programmes

D’accord sur un « audit » du tiers payant, les deux candidats s’opposent sur tous les autres sujets : l’hôpital, l’aide médicale d’État et l’assurance maladie.
Emmanuel Macron et Marine Le Pen s’opposent sur leur programme santé. Emmanuel Macron et Marine Le Pen s’opposent sur leur programme santé.
Il propose la Lune, elle prône le pire. Emmanuel Macron et Marine Le Pen dégainent chacun une mesure symbolique dans leurs programmes santé fidèle à l’esprit général de leur campagne, « progressiste » pour le premier, « nationaliste » pour la seconde. Le leader d’En marche ! investira 5 milliards d’euros dans ce secteur, en priorité pour moderniser l’hôpital, soutenir les innovations en médecine de ville et rattraper le retard français des systèmes d’information. Ça ne se refuse pas, mais d’où vient l’argent ? La chef du Front national veut supprimer l’aide médicale d’État (750 millions à 1,1 milliard d’euros en 2016, selon les estimations) et instaurer pour les étrangers en situation régulière un délai de carence de deux ans avant d’être pris en charge par l’assurance maladie. Bonjour les risques d’épidémie, au secours l’éthique ! Sinon, secteur par secteur, les deux finalistes de cette élection présidentielle ont tantôt des points communs, tantôt de profondes oppositions.
Déserts médicaux

Les deux candidats veulent relever le numerus clausus, qui limite le nombre annuel de médecins formés dans les universités françaises (8 124 en 2017) et développer les maisons de santé (environ 1 000 actuellement en activité). Emmanuel Macron en prévoit un doublement, 2 000, donc, d’ici à 2022. Il compte sur la télémédecine, tandis que sa rivale instaurerait un stage d’internat obligatoire dans les zones insuffisamment dotées en praticiens, en cabinet libéral, en maison de santé ou en hôpital. Elle incite les médecins retraités ou en passe de l’être à reprendre ou à continuer leur exercice dans ces territoires essentiellement ruraux en leur accordant des déductions de charges.
Tiers payant

Tous les deux veulent évaluer l’efficacité, les bénéfices et les inconvénients du tiers payant généralisé, plébiscité par les patients, honni par les syndicats médicaux.
Hôpital

La candidate frontiste fait feu de tout bois en déclarant qu’elle veut augmenter les effectifs de la fonction publique hospitalière si elle accède à l’Élysée et en maintenant en activité tous les hôpitaux, même en zone rurale. Le candidat d’En marche !, largement conseillé par d’anciens proches de la ministre des Affaires sociales et de la Santé Marisol Touraine, souhaite renforcer l’autonomie des établissements, réformer leur financement en faisant une place moindre à la tarification à l’activité et une plus grande aux missions de santé publique (comme sa concurrente), accélérer la mise en place des groupements hospitaliers de territoire censés faire travailler ensemble des établissements voisins. Ces deux dernières mesures ont déjà été initiées par l’actuel gouvernement.
Santé et société

Les deux candidats s’opposent substantiellement dans leurs priorités. Marine Le Pen veut réserver la procréation médicalement assistée aux cas de stérilité tandis que Emmanuel Macron l’étendre aux couples de femmes. Tous les deux veulent maintenir l’interdiction de la grossesse pour autrui. Plus que tout, le leader d’En Marche ! met l’accent sur la prévention. Il souhaite faire évoluer la rémunération des médecins libéraux pour mieux valoriser les actions préventives, créer un service sanitaire de 40 000 étudiants en santé affectés pendant un trimestre à de telles actions dans les écoles et les entreprises, poursuivre la hausse du prix du tabac, rapprocher la fiscalité du diesel de celle de l’essence pour lutter contre la pollution de l’air.
Handicap

Le natif d’Amiens promet d’augmenter de 100 euros par mois l’allocation adulte handicapé. L’élue européenne veut changer la prise en charge défaillante de l’autisme.
Dépenses de santé. Marine Le Pen s’engage à lutter contre la « gabegie » financière et, s’agissant des médicaments, veut baisser le prix des produits coûteux ainsi que développer la vente à l’unité de tous, de même que son concurrent. Par cette action, par une évaluation de la qualité et de la pertinence des soins – vaste programme – et par une maîtrise du rythme de progression des dépenses de santé, celui-ci promet d’économiser 15 milliards d’euros sur cinq ans.
Assurance maladie

Sujet ô combien sensible ! Aucun ne souhaite s’atteler à une quelconque réforme de la branche maladie de la Sécurité sociale, qui s’apparenterait à une moindre prise en charge pour les patients. Emmanuel Macron s’engage sur un remboursement intégral des lunettes et des prothèses auditives et dentaires d’ici à la fin de son quinquennat, sans augmenter le prix des mutuelles en favorisant leur concurrence. Il supprime la cotisation salariale à l’assurance maladie (0,75 % du salaire brut) et compense ce financement de la Sécu par une hausse de 1,7 point de la contribution sociale généralisée (CSG). Une mesure neutre pour les finances publiques, qui permet d’augmenter la rémunération nette des actifs au détriment des retraités, sauf les plus modestes d’entre eux. La présidente – en congé – du Front national, si elle accède au poste suprême de la République, créera un 5e risque de la Sécurité sociale consacré à la dépendance. Une promesse ancienne de Nicolas Sarkozy qui n’avait pas été tenue.

A propos de l'Auteur

-