Publié le: lun, Avr 10th, 2017

Mélenchon, les raisons d’une ivresse

Le candidat de La France insoumise connaît une forte progression dans les sondages. À quoi cet engouement est-il dû ? Tentative de réponse.
Des drapeaux français sur le Vieux-Port brandis par une marée en ébullition, patriote et marseillaise. En ce début de meeting, on cherche en vain les drapeaux rouges, les faucilles, les marteaux et les poings levés. C’est comme si cet autre de ses idoles, François Mitterrand, lui avait confié la mission de finir le travail que lui-même avait commencé quarante ans plus tôt, c’est-à-dire achever le PCF, qui, du haut de ses 3 %, s’imaginait pouvoir encore porter l’espoir de tout un peuple. Mais, en disciple zélé, Jean-Luc Mélenchon va plus loin et est en passe d’exaucer un des rêves les plus fous de son ancien mentor, « le dernier président », selon sa formule : un double « particide ».

Tuer, d’une même salve, le PCF et le Parti socialiste que le candidat de La France insoumise a quitté en 2008 pour, dans l’indifférence générale, monter sa propre enseigne, le Parti de gauche, toute dédiée à sa personne et à ses idées. Ah, qu’il les méprise ces « solfériniens », ainsi qu’il les qualifie, imbus d’eux-mêmes dans leurs costumes de bonne facture – Arnys et pas seulement – et dont plus un seul ne croit au socialisme des origines, au socialisme du tonneau dressé devant l’usine. À la bouche, ils n’ont plus que les mots « Europe », « liberté » et « vivre-ensemble », au prix d’accommodements raisonnables sur la laïcité. « Méluche » les connaît, sait leurs limites, leurs paresses, leur progressisme béat qui fait fi de l’histoire, dont lui se nourrit, jusqu’à la caricature.
Je veux être le président de la paix !
Hamon est à 9 % et lui à 18 % dans les sondages, soit le double, c’est sa revanche sur le PS, et tant pis pour le camarade Hamon, ce brave Hamon qui n’est pas le plus corrompu idéologiquement. Mélenchon, c’est la démagogie et le bon sens, le savoir contre l’avoir à outrance. Qui connaît son programme ? Secondaire. Un comble : c’est cet ancien sénateur socialiste aux cheveux grisonnants, chavezien et mitterrandien, lettré et vociférateur, qui porte, si l’on en croit les discours, l’espoir d’une France… apaisée. « Je suis le bruit et la fureur, le tumulte et le fracas », clamait-il en 2012, pour n’être plus qu’aujourd’hui une brise et un murmure. Le Robespierre du 10e arrondissement, où il vit, a rangé sa lame pour des rameaux d’olivier, identiques à ceux qu’il arborait au revers de sa veste, dimanche, à Marseille. Le style se veut professoral, tribun parlementaire en même temps qu’éducateur populaire. « Les gens », dit-il, pour définir le peuple. Car il sait, contrairement à Marine Le Pen ou, hier, à Nicolas Sarkozy, qu’au sein du peuple personne ne parle du « peuple », mais des « gens », tout simplement.
On moque Emmanuel Macron pour ses phrases creuses, celles du candidat de La France insoumise ne sont pas toujours plus pleines. « Je veux être le président de la paix ! » décrète-t-il. À côté de cela, il se fait lyrique, d’un lyrisme IIIe République, et il n’est pas un Français, digne de ce nom, qui ne soit sensible à cette dimension : « Vous avez maintenu allumée sous la cendre la braise qui, dorénavant, incendie de nouveau nos clameurs et nos enthousiasmes ! »
Dans sa veste sombre, entre uniforme sans galons et blouse d’instituteur à la Régis Debray, il harangue la foule, lève la clameur et éteint d’une main autoritaire les « Mélenchon président ! » qui jaillissent du cœur « des gens ». Non, il refuse de voir son nom devenir un slogan. Ou est-ce le message même qu’il se refuse d’entendre, d’imaginer ? Lui, président ? Où sera la tribune ? Où seront les camarades ? Que fera-t-il du drapeau européen ? Ce pur produit du présidentialisme à la française se coupera-t-il les mains en « rendant » le pouvoir au peuple ? Mélenchon, c’est avant tout une affaire d’ivresse partagée. En l’occurrence, le flacon a son importance.

A propos de l'Auteur

-