Publié le: mar, Jan 31st, 2017

Pourquoi l’Arabie saoudite n’est pas visée par le décret anti-immigration de Trump ?

Pourquoi le décret anti-immigration de Trump vise-t-il le Yémen et la Somalie et non l’Arabie saoudite ou le Pakistan ? Aux États-Unis, certains pensent que les intérêts économiques personnels du président américain peuvent expliquer cette décision.

Depuis qu’il a signé le décret exécutif barrant l’accès des États-Unis pendant quatre-vingt-dix jours aux ressortissants de sept pays à majorité musulmane [Iran, Irak, Yémen, Somalie, Soudan, Syrie et Libye] vus comme des viviers du terrorisme, le président américain Donald Trump se retrouve sous le feu des critiques, mais aussi des soupçons.

Tandis que plusieurs chefs d’État, dont François Hollande et une partie du monde des affaires, notamment la prestigieuse banque Goldman Sachs, ont exprimé leur désapprobation, une partie de la presse américaine est allée plus loin en suggérant que le multimilliardaire aurait pris cette mesure en tenant compte de ses intérêts économiques personnels.

Le New York Times et le Washington Post ont ainsi tous deux fait remarquer que le Yémen, l’Iran, la Libye, la Somalie, le Soudan, la Syrie et l’Irak, tous visés par le décret, ont un point commun assez troublant : ce sont des pays dans lesquels le magnat de l’immobilier n’a aucun, ou très peu, d’intérêts financiers.

Des incohérences et des soupçons

Donald Trump a motivé sa décision par la lutte contre le terrorisme. Mais vu sous ce prisme, le choix des pays visés comporte certaines incohérences qui peuvent nourrir les suspicions.

Interrogé par France 24, Khalil Jahchan, analyste politique et directeur exécutif de l’Arab Center of Washington, un think tank spécialisé dans la recherche sur la diplomatie américaine dans le monde arabe, se dit troublé. « La mesure prise par l’administration Trump n’a aucun rapport avec la réalité de la menace terroriste contre les États-Unis, puisque manifestement, certains États dont sont originaires des terroristes qui ont agi à même le territoire américain ne figurent pas sur cette liste ».

L’Égypte, les Émirats arabes unis ou l’Arabie saoudite, dont des ressortissants figurent parmi les 19 pirates de l’air du 11 septembre 2001, sont ainsi absents de la « liste noire ». Tout comme la Turquie, frappée par une vague terroriste sans précédent depuis plusieurs mois, et visée par une note du département d’État datée du 25 janvier qui invitait les citoyens américains à « évaluer attentivement la nécessité de se rendre dans ce pays actuellement ».

Selon les médias américains, ces « oublis » ne sont pas dus au hasard. La Trump Organization a toujours, ou a eu, des sociétés ou des liens d’affaires dans l’ensemble de ces pays. Alors que le président américain avait annoncé, mi-janvier, qu’il allait céder le contrôle « complet et total » de son empire immobilier à deux de ses fils pour éviter tout soupçon de conflit d’intérêts, le New York Times et Bloomberg ont listé quelques-uns des actifs qu’il possède dans les pays exemptés par le décret, en s’appuyant sur des documents fédéraux officiels.

Il est notamment question de deux immeubles de luxe à Istanbul et d’un parcours de golf pompeux à Dubaï franchisés et qui portent le nom de Trump, deux sociétés inactives en Égypte, et huit SARL en Arabie saoudite, dont la THC Jeddah Hotel Manager Member Corp, mentionnées dans la déclaration du président américain à la commission électorale financière américaine (FEC). Rien qu’en Turquie, ses affaires lui ont rapporté 5 millions de dollars l’année dernière.

Trump botte en touche

Ces incohérences présidentielles n’ont pas seulement soulevé des questions dans les médias. Elles ont également étonné l’élu du Michigan Justin Amash. « Si on s’inquiète du radicalisme/terrorisme, pourquoi pas l’Arabie saoudite, le Pakistan et d’autres? », s’est-il interrogé sur Twitter.

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