Publié le: lun, Jan 26th, 2015

Grèce : victoire triomphale de Syriza

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Les Grecs ont délivré dimanche un message sans appel à leur gouvernement en donnant la victoire à Syriza, le parti de la gauche radicale d’Alexis Tsipras, qui pourrait devenir lundi le premier dirigeant à rejeter la cure d’austérité imposée par l’Europe depuis la crise. Un ministre du gouvernement grec a même reconnu la défaite. Détenteur du portefeuille des Réformes administratives, Kyriakos Mitsotakis a « félicité Syriza », prévenant toutefois le parti qu’il « aurait bientôt à faire face à une situation difficile pour le pays ».

L’avance sur le parti Nouvelle Démocratie du Premier ministre Antonis Samaras, selon les estimations des sondages sortie des urnes, devrait se situer entre 8 et 12 points, au-delà des estimations des derniers jours, et Syriza pourrait décrocher la majorité absolue au Parlement.

Le parti de la gauche radicale grec Syriza d’Alexis Tsipras gardait une solide avance dimanche après le dépouillement de près de 40 % des bulletins de vote, mais sans qu’on puisse savoir s’il obtiendra la majorité absolue, selon un responsable de la société chargée du dépouillement. Après le dépouillement de 38,54 % des bulletins, Syriza obtenait 35,73 % des voix contre 28,48 % à la Nouvelle Démocratie du Premier ministre conservateur Antonis Samaras. La projection du ministère de l’Intérieur donnait ainsi 148 sièges à Syriza, alors qu’il en faut 151 pour obtenir la majorité absolue.

Le Premier ministre grec Antonis Samaras a reconnu dimanche soir sa défaite aux élections législatives en appelant le chef de Syriza Alexis Tsipras pour le féliciter, a-t-on appris auprès du bureau d’Alexis Tsipras. « Félicitations », a indiqué Antonis Samaras dans cet appel après la publication de résultats partiels officiels portant sur 35,5 % des bulletins dépouillés, selon lesquels Syriza devançait de plus de 7 points Nouvelle Démocratie, le parti du Premier ministre conservateur. « La politique a ses joies et ses peines », a répondu Alexis Tsipras en le remerciant.

Explosion de joie à Athènes

« Cela semble être une victoire historique » et c’est « un message qui n’affecte pas seulement les Grecs, mais qui résonne dans toute l’Europe », a aussitôt déclaré Panos Skourletis, le porte-parole de Syriza.

La victoire a été saluée par une explosion de joie au QG de campagne de Syriza, une tente dressée dans le centre-ville d’Athènes. Des centaines de personnes, venues de toute l’Europe, ont chantéBella Ciao, agité des drapeaux. Certaines pleuraient.

Le scrutin était attendu anxieusement par les partenaires européens d’Athènes, inquiets de la volonté de Syriza de « fermement » renégocier l’énorme dette grecque et défier de manière inédite les programmes d’austérité imposée par l’Union européenne.

La première réaction d’un des principaux économistes de Syriza, Yannis Milios, dimanche soir, était claire. Interrogé par l’agence grecque ANA, il a lancé que le « programme (représenté par l’actuel ministre des Finances Guikas Hardouvelis) est mort ».

Les analystes de la banque allemande Berenberg ont évoqué « une victoire de la colère sur la peur, de l’imaginaire sur la raison ». Ils ont décrit M. Tsipras comme « un insurgé populiste ». Mais l’Europe « ne lui épargnera pas d’accepter la réalité : on ne peut pas dépenser un argent qu’on n’a pas », ont-ils insisté.

Le quotidien allemand Bild titrait de son côté dans son édition de lundi : « Peur sur l’euro, Tsipras triomphe ».

En Italie, Sandro Gozi, secrétaire d’État aux Affaires européennes, a pris acte de la victoire de Syriza. « Nous pensons qu’après ce vote nous aurons de nouvelles opportunités pour poursuivre le changement en Europe en faveur de la croissance, des investissements et de la lutte contre le chômage. »

Le succès de Syriza, s’il est confirmé, va donner en revanche un grand espoir aux autres formations de gauche radicale en Europe.

Avant la clôture du scrutin en Grèce, Pablo Iglesias, le dirigeant de Podemos en Espagne, avait lancé : « L’espoir arrive, la peur s’en va. Syriza, Podemos : nous vaincrons ». En France, le leader du pPrti de gauche Jean-Luc Mélenchon a évoqué « une lame de fond », « une page nouvelle pour l’Europe ».

« Rien à perdre »

Le gouvernement d’Antonis Samaras a été sanctionné pour avoir essayé de satisfaire au maximum les exigences de réformes de la troïka des créanciers d’Athènes (Banque centrale européenne BCE, UE, FMI), en échange de 240 milliards d’euros prêtés au pays depuis 2010. En effet, la facture est lourde pour la population victime d’un taux de chômage à 25 %, ou de réductions de salaire drastiques.

Alexis Tsipras, qui souhaite mettre en vigueur des mesures immédiates comme une remontée du salaire minimum de 580 à 751 euros, a déjà prévenu qu’il ne se contenterait pas d’un simple aménagement de la dette (175 % du PIB, plus de 300 milliards d’euros).

Prenant exemple sur des concessions faites après la guerre à l’Allemagne – aujourd’hui chantre de l’orthodoxie budgétaire en Europe -, il veut une importante réduction du principal de cette dette. Les marchés financiers risquent de ne pas apprécier, même si personne, pas même Alexis Tsipras, ne souhaite voir revenir le spectre du « Grexit », une sortie de la Grèce de la zone euro.

Dans un bureau de vote du Pirée, Vaïa Katsarou, 49 ans, avocate, résumait le sentiment général vis-à-vis de Syriza : « C’est un risque, mais les démunis n’ont rien à perdre ».

Source  lepoint

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