Publié le: lun, Sep 22nd, 2014

Pôle Emploi mon amour

77% des chefs d’entreprises estiment prioritaire ou plutôt important de mettre en oeuvre une « amélioration de la qualité des candidatures de Pôle emploi » .

 

Reuters/Reuters - Le nombre de chômeurs est reparti à la hausse en juin en France après la pause observée au mois de mai qui avait mis fin à deux années de progression continue, mais à un rythme nettement moins élevé que début 2013, selon le ministère du Travail. /Photo prise le 27 février 2013/REUTERS/Eric Gaillard

Reuters/Reuters – Le nombre de chômeurs est reparti à la hausse en juin en France après la pause observée au mois de mai qui avait mis fin à deux années de progression continue, mais à un rythme nettement moins élevé que début 2013, selon le ministère du Travail. /Photo prise le 27 février 2013/REUTERS/Eric Gaillard

Dans un premier baromètre sur les préoccupations des chefs d’entreprises, Axa a interrogé 500 dirigeants de sociétés de 10 à 500 salariés, englobant donc aussi bien de très petites entreprises que des PME ou entreprises de taille intermédiaire.

http://www.liberation.fr/economie/2014/09/19/trois-quarts-des-chefs-d-entreprises-ont-des-difficultes-a-recruter_1104072

La directrice des études d’Axa entreprises, Antoinette Prost, a présenté à la presse l’enquête menée du 15 mai au 20 juin 2014 par des entretiens téléphoniques de 25 minutes avec ce chiffre :

73% des chefs d’entreprise « témoignent d’une difficulté à recruter ».

Est-ce que le ministre du travail avait raison d’incriminer les chômeurs ?

François Rebsamen, le ministre du travail, a demandé au Pôle Emploi, mardi 2 septembre sur i-Télé, de « renforcer les contrôles » pour vérifier que les chômeurs « cherchent bien un emploi », estimant qu’une « sanction » est nécessaire dans le cas contraire.

http://www.lemonde.fr/emploi/article/2014/09/02/chomage-rebsamen-demande-au-pole-emploi-de-renforcer-les-controles_4480207_1698637.html

En fait, le ministre, qui, comme la plupart de ses prédécesseurs, n’a jamais travaillé dans le privé, a sans doute été surpris du jugement des patrons sur son agence.

En décodé, ils disent que les trois quarts du temps ils perdent leur temps à recevoir n’importe qui envoyé par l’agence, et l’un d’eux avoue même que quand il a eu besoin de quelqu’un pour garder un entrepôt, faute de réponse de l’agence, il a fait son marché avec succès sur le site leboncoin.fr.

Un site gratuit étranger plus efficace qu’une administration française !

Ca laisse rêveur.

C’est peut-être une solution à généraliser ?

Soit dit en aparté : ce n’est pas les agents que je raille, mais en bref les hauts fonctionnaires qui fixent les règles.

Les patrons réclament aussi « la promotion de formations initiales plus opérationnelles » (76%).

Je ne suis pas étonné. L’été dernier, une jeune personne que j’ai rencontrée m’a dit avoir accepté un petit boulot temporaire peu qualifié et mal payé en maudissant l’Education nationale qui l’avait poussé à un bac + 5 dans une spécialité sans débouché.

Pourtant, il existe des contre-exemples comme les IUT dans lesquels l’université dispense un enseignement de qualité qui débouche sur des emplois.

Alors pourquoi avoir voulu les supprimer en 2008 ?

Dans le cadre de la mise en application de la loi « Libertés et Responsabilités des Universités » (LRU), l’Etat retire toute dotation directe (financière et humaine) aux IUT.

http://lecrc.forumactif.fr/t5509-petition-contre-la-suppression-des-iut-consequence-de-la-lru

Et pourquoi avoir supprimé un département en Normandie au début de l’année ?

L’IUT de Caen a dores et déjà interdit les inscriptions d’éventuels bacheliers en 1ère année de cette formation rare en France. Vire étant la 3e ville seulement à l’accueillir. Il n’y aura donc plus que des élèves en 2e année, en 2015-2016. La formation n’existera définitivement plus à la rentrée 2016. Actuellement, 17 étudiants sont inscrits en 2ème année et 24 en 1ère année.

Jeudi 6 février, les étudiants de l’IUT inscrits en Technique de Commercialisation spécialisés en commercialisation de système solution services industriels, ont appris la disparition brutale de leur département pour la rentrée 2015. Ils ont prévu de manifester.

http://www.lamanchelibre.fr/vire/actualite-49482-iut-un-departement-supprime-des-etudiants-sur-carreau.html

Parmi les souhaits patronaux : des avantages fiscaux pour les heures supplémentaires (89%), la révision de la durée de travail de 35 heures (82%), l’assouplissement des règles régissant les CDD (81%).

Pour l’avoir expérimenté, je témoigne de la complexité de l’embauche et de la paie avec leurs règles aussi compliquées que changeantes et dont le coût caché est bien réel, ainsi que de toutes les démarches à accomplir auprès d’organismes divers et ésotériques.

Une simplification apporterait un gain de productivité aux entreprises.

Il ne faut pas rêver.

Tant que seront en place les bureaucrates qui ont conçu les usines à gaz, il n’y aura pas de choc de simplification ailleurs que dans les discours en langue de bois.

Les fameux 35 heures sont aussi une usine à gaz si magnifique qu’à l’étranger ils n’ont jamais osé nous imiter parce qu’ils savent qu’ils ne pourront jamais nous égaler. Ce n’est pas tant la réduction du temps de travail qui est coûteux, mais son application qui pénalise en premier les TPE et les PME.

Quant aux CDD de très courtes durées, c’est un outil de souplesse pour les coups de feu temporaires.

Plus une entreprise est petite, plus elle sera exposée à ce genre de besoin éphémère.

Comme l’Etat a de l’aversion envers les TPE et PME, il s’est empressé de les pénaliser

À partir du 1er juillet 2013, la contribution patronale d’assurance chômage pour les contrats à durée déterminée (CDD) de courte durée est majorée, en application de la loi sur la sécurisation de l’emploi du 14 juin 2013.

http://www.service-public.fr/professionnels-entreprises/actualites/00941.html

Pour information, les conditions et le calcul de la majoration ne sont pas simples.

Et comme nos politiques ont le sens du comique de répétition, ils annoncent :

« Le gouvernement ambitionne de parvenir au nombre de 500.000 apprentis en 2017. »

Tout le monde sait bien que dans quelques années on entendra encore cette rengaine. Contrairement aux Allemands objet de vénération, nos crânes d’oeuf issus de formation initiale n’ont que mépris pour la formation continue et pour l’enseignement technologique.

L’adéquation emplois à pourvoir / personnes à employer n’est pas pour demain.

Mais c’est sans doute la démarche qu’il faut inverser. Actuellement la corrélation se fait entre les compétences du demandeur d’emploi et le marché.

Il faudrait au contraire annoncer les besoins des marchés qui recrutent et chercher à adapter les capacités des chômeurs en proposant des formations, et en les suscitant si elles n’existent pas.

Un chomeur qui veut lancer son entreprise vous le dira. Il se lance à l’aveugle en se fiant à son intuition, sinon il doit payer des enquêtes de marketing tandis qu’il recevra des aides discutables.

 

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