Publié le: lun, juil 23rd, 2012
Monde | By CBS

Le temps des Banlieues dakaroise, parisienne et new-yorkaise, quelle similitude !

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La notion de banlieue est au goût du jour. Elle retient l’attention des politiques dans tous pays du monde, au Nord comme au Sud. En effet les politiques déploient des trésors d’imagination pour capter ce bassin électoral de premier choix, qui est également, un foyer de contestations où on est prêt à brûler, à violenter pour avoir un droit de reconnaissance de la part des décideurs, afin de changer les conditions de vie et partant d’améliorer le vécu quotidien.
On enregistre la naissance de programmes et de concepts dédiés à la banlieue et diverses actions y sont menées. Elles sont sensées apporter un mieux-être aux banlieusards, particulièrement en direction des jeunes promptes à aller à l’assaut de ceux qu’ils considèrent comme responsables de leurs misère : les pouvoirs publics. Cette violence dont la banlieue n’a toutefois pas le monopole découle d’un état de fait lié aux politiques d’ostracisme, au chômage, à la précarité des moyens d’existence des habitants de la banlieue.
Les jeunes de ces localités ont le sentiment d’être les grands oubliés des politiques sociaux de l’Etat. La plupart des habitants de la banlieue proviennent de la migration interne ou externe. Pour le Sénégal c’est l’exode rural, pour la France c’est l’immigration et pour les Etats-Unis ce sont les minorités ethniques : les noirs africain-américains, les hispano issus dans une large mesure de l’immigration africaine ou sudaméricaine voire asiatique.
La banlieue dakaroise : Pikine, Thiaroye, Guédiawaye, Parcelles Assainies et autres, font l’objet d’une cour assidue de la classe politique Sénégalaise.
Les tenants du pouvoir actuel ont créé un Office de l’Emploi pour les jeunes de la banlieue (OFEJBAN), après le revers du parti présidentiel aux dernières élections rurales, régionales et municipales de 2009. Les opposants ne sont pas en reste, ce sont des ballets incessants de visiteurs, leaders de formation qui, pour apporter des dons aux victimes des inondations occasionnées par une pluviométrie particulièrement abondante, qui pour fustiger l’attitude du pouvoir face aux inondations.
La banlieue sénégalaise, comme sa jumelle parisienne, et d’autres pays, est largement courtisée. Naguère laissée pour compte dans les politiques et programmes sociaux, la banlieue s’est rebiffée plusieurs fois. Paradoxalement il y a une sorte de vase communicant entre les banlieues du Nord et celles du Sud. En dépit des politiques de plus en plus restrictives dans l’octroi des visas, exécutées avec beaucoup de zèle par les chancelleries occidentales, tout jeune banlieusard dakarois est un potentiel immigré rêvant d’habiter …la banlieue parisienne ou New-yorkaise. Car, est-il besoin de le préciser, l’immigration a notablement changé le visage de la banlieue dakaroise. De beaux immeubles ont essaimé, fruits de l’investissement des immigrés. Dans la plupart des familles, il y a un immigré qui procède régulièrement à des envois d’argent qui font vivre la famille. Sans ces envois, les conditions de vie de beaucoup de familles seraient désastreuses. Par conséquent, c’est sans risque de se tromper que nous pouvons dire que les banlieues du Nord (la quasi-totalité des immigrés y vivent) ont changé notablement les visages de la banlieue dakaroise.
La banlieue est souvent perçu selon le prisme déformant des clichés réducteurs, avec le surpeuplement, alimenté par l’exode rural, les routes défoncées, les eaux stagnantes, l’occupation illégale de l’espace publique et son corollaire: l’anarchie, sans oublier le chômage, le désœuvrement de la jeunesse et l’usage de stupéfiants et autres actes délictuels.
Cette image doit être relativisée. Au fil des ans la banlieue sénégalaise a subi une cure de jouvence et d’assainissement, avec l’apport des immigrés notamment dont certains ont réussi leur projet d’immigration mais la plupart donnent l’image de pseudo-réussites, incitant les jeunes banlieusards dakarois à entretenir le rêve d’aller vivre dans les banlieues parisiennes, objets de tous les fantasmes.
Alors que leurs pendants européens, issus de l’immigration de la deuxième ou troisième génération, étalent leur mal vivre et exigent plus de justice. Toutes sortes d’exutoires sont inventées dans le domaine de la culture et du sport. Dans la banlieue dakaroise les vedettes de la lutte traditionnelle sénégalaise avec ses cachets mirobolants, de plus en plus importants, sont entrain de damer le pion aux stars la musique.
Les banlieusards ont-ils besoin de modèles pour s’en sortir. Ces modèles de réussite genre, Makobé, Malamine Koné pour la France ou Mohamed Ndao Tyson ou encore Abou Diouba pour le Sénégal, ne sont-elles que la face reluisante de la médaille, l’arbre qui cache la forêt ? Leur médiatisation à outrance n’est-il qu’un soporifique distillé à doses homéopathiques à cette masse désespérée à contenir avec l’idée que aussi «ils peuvent», jusqu’à la prochaine révolte…
Il y a lieu de remarquer, en dépit des différences, une culture banlieue est entrain d’émerger et de se « mondialiser ». Qu’il s’agisse de Dakar, Paris et New-York, les mêmes comportements face à la précarité, les mêmes goûts artistiques, particulièrement dans le domaine de la musique et du sport, et même du port vestimentaire, sont adoptés par cette jeunesse qui se cherche et qui mérite des efforts soutenus pour la sortir de cette galère.

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