Publié le: jeu, Sep 11th, 2014

Souid – La banlieue, le parent pauvre de la République

Pour Sihem Souid, la banlieue cumule les handicaps : chômage, discrimination, absence de vie de quartier et de commerces de proximité, environnement délétère, violence, délinquance, insécurité.

 

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La banlieue est le berceau du développement économique de la Ve République, notamment pour loger la main-d’oeuvre oeuvrant pour l’emploi et les parents du baby-boom. Considérée comme un luxe et synonyme de développement, l’image qu’elle renvoie et sa dynamique semblent aujourd’hui s’être inversées, notamment avec les discriminations liées au lieu d’habitation, à l’origine réelle ou présumée, à la délinquance et au chômage. Les banlieues ne sont citées que pour ses délinquants ou pour ses catastrophes. Les fondations dans lesquelles la République puisait ses forces vives s’étiolent peu à peu, et sont devenues aujourd’hui un problème économique, social et politique dont la recherche de solutions n’est un enjeu bien trop souvent que durant les périodes électorales.

Il existe un cumul des handicaps économiques et sociaux : chômage, discrimination, absence de vie de quartier et de commerces de proximité, environnement délétère, violence, délinquance, insécurité. Ces problèmes existent partout, mais sont davantage concentrés dans les banlieues dites à problèmes. En outre, ils sont utilisés à des fins politiques et électorales, les médias étant le relais principal de discours pointant du doigt des zones urbaines qui ne demandent pourtant qu’à s’intégrer, et qui bien souvent souhaitent être vues autrement que comme des zones de non droit.

Sans âme, sans vie

Environnement délétère et coupé du reste de la ville : le problème de la banlieue est qu’elle constitue la périphérie du centre-ville. Elle est bien souvent sans âme et sans vie, malgré les efforts des associations de quartiers. Par exemple les commerces de proximité laissent place à de grands centres commerciaux impersonnels. De plus, les politiques urbaines ont parfois conduit à la construction de grands ensembles d’immeubles en bordure de terrains vagues, ce qui favorise délinquance et marché parallèle. Les banlieues animées par les premières générations d’habitants se vident peu à peu de leur âme pour ne devenir que des cités-dortoirs desquelles la République préfère détourner les yeux, alors même que ces zones urbaines ont été le ferment de son développement.

Une politique de la ville inadaptée et insuffisante : politiquement, les politiques nationales, législatives ou réglementaires, sont insuffisantes. Elles ne peuvent constituer que le cadre légal de politiques de proximité, plus précisément de politiques de la ville. Il s’agit de politiques qui nécessitent une diversification, car elles s’avèreront différentes d’une banlieue à l’autre, et ce en fonction des problématiques que chacune des zones urbaines à problèmes peut présenter. Bien souvent elles sont mises en avant en période électorale et constituent alors de véritables enjeux, pour ensuite être écartées, notamment à cause de leurs coûts. En effet, les banlieues défavorisées ont besoin de rentrées fiscales pour se redynamiser et mener à bien leurs projets visant à les réinsérer dans le territoire de la République et à ne plus être stigmatisées. Cependant, les populations de ces banlieues étant en difficulté économique, la banlieue en question l’est aussi. C’est là que devrait intervenir l’État, sous forme de davantage de subventions. La banlieue serait-elle devenue la parente oubliée de la République et de la solidarité nationale ? La banlieue est le parent pauvre de la République dite une et indivisible, force est de constater qu’elle est extrêmement divisée entre quartiers bourgeois et quartiers abandonnés.

« Liberté, égalité, fraternité »

Rappelons la devise républicaine : « Liberté, égalité, fraternité ». La banlieue représente un échec de notre État en la matière. La mixité sociale y est bien trop souvent absente, en plus des difficultés financières rencontrées… Il ne suffit pas de reconstruire des immeubles, de rénover des zones urbaines, mais également de réintégrer les habitants de la banlieue au sein de notre République, en les considérant comme n’importe quels citoyens. Or les médias et les discours politiques ne tendent pas à favoriser cette cohésion sociale pourtant si nécessaire.

L’absence de représentation politique est un problème auquel il faudrait remédier, car il entraîne l’exclusion et le communautarisme : en outre, la banlieue n’est que peu représentée au niveau politique, et quand elle l’est, les rumeurs de communautarisme et de clientélisme vont bon train, enlevant dès lors une grande partie de sa légitimité politique au représentant en question. Dès lors, les habitants de la banlieue en question se sentent peu écoutés et rejetés par une nation qui se veut pourtant démocratique : comment pourrait-elle résoudre ses problèmes si au plus haut niveau de l’État ses représentants ne sont pas écoutés ? Le courage politique au niveau local ne manque pas, ni au niveau parlementaire quand il s’agit de certaines villes, mais cela est-il vraiment suffisant pour réussir à donner un poids politique aux banlieues, pour que celles-ci pèsent dans la balance des réformes à mettre au premier plan ? Là encore, la banlieue semble être lésée par une République qui pourtant s’efforce – en apparence – de résoudre ses problématiques.

Faire des habitants les propres acteurs du changement des banlieues en modifiant la nature des politiques locales : il semble aujourd’hui plus que jamais nécessaire que les habitants des banlieues soient les acteurs de leurs propres changements. Si les finances manquent, comme nous l’avons vu, les initiatives sont quant à elles nombreuses pour redonner vie à la banlieue, et en faire une composante à part entière de la République française : associations d’habitants, vie de quartier, initiatives locales en faveur des jeunes et des moins jeunes, de l’éducation, de la sécurité, de la culture : autant d’idées qui peuvent permettre aujourd’hui aux « banlieusards » de faire changer durablement les choses, et ce d’autant plus si ces idées sont relayées, organisées et appuyées par les municipalités afin de recréer la cohésion sociale disparue de ces quartiers, et qui est pourtant le ciment de la nation française et de la République.

Sihem Souid est chargée de mission au ministère de la Justice

Lepoint.fr

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